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Égypte: les Frères musulmans dénoncent la dissolution du Parlement

15/06/2012 12:42 EDT | Actualisé 15/08/2012 05:12 EDT

LE CAIRE, Égypte - Les Frères musulmans ont condamné vendredi la décision de la Cour constitutionnelle égyptienne de dissoudre le Parlement élu il y a six mois, estimant que ce jugement «balaie» les progrès faits depuis la chute de l'ancien président Hosni Moubarak, en février 2011.

Les Frères musulmans, principale force politique en Égypte, n'ont toutefois pas appelé à manifester, mais ils ont invité les électeurs à battre le «candidat de l'ancien régime», Ahmed Shafiq, au second tour de l'élection présidentielle de samedi et dimanche.

Jeudi, la Cour constitutionnelle a dissous le Parlement, estimant que la loi ayant encadré les élections législatives est inconstitutionnelle. La dissolution du Parlement, où les Frères musulmans détenaient près de la moitié des sièges, a entraîné du même coup la suppression de l'assemblée chargée de rédiger la nouvelle Constitution.

La cour a également invalidé la loi qui interdisait aux personnalités du régime Moubarak de briguer un mandat électif, ce qui permet donc à Ahmed Shafiq, dernier premier ministre d'Hosni Moubarak, de participer au deuxième tour de la présidentielle contre le candidat des Frères musulmans, Mohammed Morsi.

Les progrès en vue d'une transition démocratique et du transfert du pouvoir aux civils sont «balayés et renversés», ont déploré les Frères musulmans vendredi dans un communiqué. L'Égypte se retrouve aujourd'hui «dans une situation encore plus dangereuse que dans les derniers jours du régime de Moubarak», ont-ils estimé.

Plutôt que d'appeler à manifester contre ce que des responsables de l'opposition qualifient de «coup d'État institutionnel», les Frères musulmans ont invité les électeurs à «isoler le représentant de l'ancien régime (Ahmed Shafiq) par l'intermédiaire des urnes» et à voter pour Mohammed Morsi.

M. Morsi se refuse également à parler de coup d'État contre la révolution égyptienne. «Nous allons aux urnes dire non aux perdants, aux assassins, aux criminels», a-t-il affirmé jeudi soir.

À Alexandrie, dans le nord du pays, plusieurs milliers de manifestants se sont rassemblés vendredi pour protester contre la candidature d'Ahmed Shafiq. «La révolution continue», «À bas le régime militaire», ont-ils notamment scandé.

Quelques centaines de manifestants se sont aussi rassemblés sur l'emblématique place Tahrir du Caire pour dénoncer le «coup d'État des militaires» à l'appel du Mouvement du 6-Avril, un groupe de jeunes militants pro-démocratie. Les manifestants ont arraché une grande affiche électorale d'Ahmed Shafiq et l'ont piétinée.

La sécurité a été renforcée autour des bureaux de scrutin. Selon des responsables de la sécurité, environ 200 000 policiers et autant de soldats seront en poste pour assurer la sécurité du deuxième tour des élections, soit plus du double que lors du premier tour.

Vendredi, plus de 200 policiers ont aussi été déployés autour du Parlement pour empêcher les députés d'y entrer.

À la veille du scrutin, le pouvoir semble encore plus concentré entre les mains des généraux qui dirigent le pays depuis la chute du président Hosni Moubarak.

La dissolution du Parlement est considérée comme une mesure qui aidera les militaires à conserver leur pouvoir au-delà de l'élection présidentielle, même s'ils ont promis de remettre les commandes du pays à un président civil avant le 1er juillet.

Une source judiciaire non identifiée citée dans le quotidien officiel «Al-Ahram» a affirmé que les militaires assumeraient le pouvoir législatif et le contrôle des finances de l'État jusqu'à ce qu'un nouveau Parlement soit élu ou jusqu'à ce qu'une nouvelle Constitution soit rédigée.

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