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Tunisie: la plus radicale faction salafiste renonce à manifester vendredi

14/06/2012 02:59 EDT | Actualisé 14/08/2012 05:12 EDT

La branche la plus radicale de la mouvance salafiste tunisienne, Ansar Al Charia, a renoncé à manifester vendredi pour la défense des "valeurs du sacré", quelques heures après l'interdiction de toute marche par le gouvernement après un début de semaine marqué par des violences.

"Après concertation de nos frères dans toutes les régions du pays et l'examen de la situation, Ansar Al Charia a décidé d'annuler les manifestations de vendredi", indique le texte posté jeudi soir sur la page facebook du mouvement dirigé par l'ex-jihadiste Abou Iyadh.

"Nous appelons tous nos frères à comprendre cette décision et à ne pas se laisser entraîner par leurs émotions", poursuit le texte.

Le mouvement islamiste Hizb Ettahrir a également renoncé à manifester.

"Il n'y aura pas de manifestation demain", a déclaré à l'AFP Ridha Belhaj, porte-parole de ce mouvement qui prône l'application de la charia et la restauration du califat.

"En revanche, il y aura un rassemblement à la Kasbah (place du siège du gouvernement à Tunis) où nous expliquerons nos positions", a-t-il déclaré, précisant que "toutes les tendances" islamistes seraient présentes.

Plusieurs groupes de la mouvance salafiste avaient lancé depuis le début de la semaine des appels à manifester à travers le pays après la grande prière du vendredi, pour dénoncer les "atteintes aux valeurs du sacré" contenues selon eux dans des oeuvres exposées la semaine dernière à La Marsa, banlieue nord aisée de Tunis.

L'exposition, cible d'attaque par des salafistes présumés dimanche dernier, a servi de détonateur à une flambée de violences lundi et mardi qui a fait un mort et plus de 100 blessés dans tout le pays.

En réponse à ces violences, le gouvernement tunisien a rétabli mardi un couvre-feu, pour la première fois depuis mai 2011 à Tunis, et le ministère de l'Intérieur a annoncé jeudi l'interdiction de toute manifestation vendredi, évoquant des "appels à la violence".

"Le ministère de l'Intérieur n'a autorisé l'organisation d'aucune marche pour demain", a déclaré à l'AFP le porte-parole du ministère Khaled Tarrouche.

"Des appels à la violence circulent sur Facebook", a-t-il précisé. Sur certains sites extrémistes, on peut voir la liste nominative des artistes dont certaines oeuvres sont été détruites dimanche ainsi que des appels au meurtre contre "les mécréants", a constaté l'AFP.

Ansar Al Charia avait violemment dénoncé l'exposition mais démenti toute implication dans les émeutes et mis en garde contre des "provocations". Un autre leader salafiste, Abou Ayoub, avait de son côté lancé un appel enflammé au "soulèvement" dans une vidéo --dont l'authenticité n'a pas été vérifiée-- mise en ligne mardi.

Rached Ghannouchi, le chef du parti islamiste Ennahda qui domine le gouvernement et l'Assemblée nationale constituante, avait de son côté appelé les Tunisiens à "une marche pacifique" pour protéger "la révolution" et s'opposer à la violence, mais également pour défendre "les valeurs du sacré", rejoignant de facto les mots d'ordre des salafistes.

Selon M. Tarrouche, l'interdiction s'applique également à cette marche.

La direction d'Ennahda devait arrêter jeudi soir sa position, mais il est probable que le parti renonce lui-aussi à toute manifestation vendredi, selon un responsable joint par l'AFP.

Jeudi, l'appréhension était palpable chez de nombreux Tunisiens, marqués par les émeutes du début de semaine et le climat de tension général. Huit gouvernorats tunisiens sont sous couvre-feu nocturne depuis mardi soir, dont la capitale et des régions touristiques comme Sousse et Monastir (est).

"Les Tunisiens doutent. Beaucoup ont peur", relevait le journal La Presse, tandis que Le Quotidien se demandait "qui tire les ficelles de cette situation exécrable"?

cf-sb/pb

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