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Syrie: soupçons de crimes contre l'humanité, attentat près d'un site chiite

14/06/2012 05:18 EDT | Actualisé 14/08/2012 05:12 EDT

Amnesty International a accusé mercredi le régime syrien de commettre des "crimes contre l'humanité" afin de se venger des communautés soupçonnées de soutenir les insurgés en Syrie, où deux voitures piégées ont explosé, près d'un site chiite au sud de Damas et à Idleb.

Un attentat suicide à la voiture piégée a fait 14 blessés et endommagé le mausolée de Zeynab, un des lieux les plus sacrés de l'islam chiite situé aux abords de Damas, ont rapporté les médias officiels.

Selon des militants cités par l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), l'attentat visait un bâtiment de la Sécurité proche du parking où a explosé la voiture piégée, à 50 mètres de ce mausolée fréquenté chaque année par des centaines de milliers de pèlerins, en particulier Iraniens et Libanais.

Parallèlement, Amnesty International a affirmé avoir des preuves récentes que des soldats syriens avaient traîné des civils hors de chez eux pour les tuer, y compris des enfants.

"Ces nouvelles preuves inquiétantes d'un système organisé de graves exactions met en lumière la nécessité urgente d'une action internationale décisive", a déclaré Donatella Rivera, spécialiste d'Amnesty International pour les situations de crise.

Amnesty a recueilli les témoignages d'habitants dans 23 villes et villages de Syrie et a conclu que les forces et milices gouvernementales étaient coupables de "sérieuses entorses au droit humanitaire international, allant jusqu'aux crimes contre l'humanité et aux crimes de guerre", selon Mme Rivera.

L'organisation a demandé à l'ONU de saisir la Cour de justice internationale et d'imposer un embargo sur les armes en direction de la Syrie.

Selon l'OSDH, les violences en Syrie ont fait plus de 14.400 morts depuis le début de la révolte contre Bachar al-Assad en mars 2011, dont plus de 2.300 entre le 13 mai et le 13 juin, parmi lesquels près d'un tiers de soldats morts dans la multiplication des combats contre les rebelles.

Jeudi, 10 civils et trois rebelles ont été tués dans des combats ou des bombardements des troupes régulières, au lendemain de la mort d'au moins 77 personnes à travers le pays, selon l'OSDH, qui se base sur les témoignages d'un important réseau de militants sur place.

Dans la ville de Deraa (sud), berceau de la contestation anti-régime, cinq civils ont été tués avant l'aube, dont quatre dans des bombardements des forces gouvernementales sur un quartier assiégé, selon l'OSDH.

Dans la province de Homs (centre), également théâtre de combats, cinq civils et un rebelle ont été tués, et dans la ville voisine de Rastane, deux rebelles ont péri dans des affrontements à l'entrée de ce bastion rebelle que les forces régulières tentent de reprendre depuis des mois, selon l'OSDH.

Une autre voiture piégée visant un poste de contrôle de l'armée a explosé dans la ville d'Idleb (nord-ouest), a annoncé l'OSDH, ajoutant que l'attaque avait fait des morts et des blessés parmi les soldats sans en préciser le nombre.

Les forces gouvernementales tentent depuis plusieurs jours de reprendre les bastions rebelles au moyen d'intenses bombardements.

Mercredi, l'armée a repris après huit jours de bombardements le contrôle de Haffé, localité de la province côtière de Lattaquié (nord-ouest) proche de Qerdaha, d'où est originaire la famille du président Bachar al-Assad.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, dont le pays est un allié du pouvoir syrien, a accusé mercredi les Etats-Unis de livrer des armes à des "pays de la région".

Il réagissait aux propos de la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton, qui avait exprimé mardi l'inquiétude des Etats-Unis sur "l'envoi d'hélicoptères d'attaque vers la Syrie depuis la Russie". Mme Clinton est revenue à la charge mercredi en appelant Moscou à cesser de livrer des armes à Damas.

Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a lui aussi demandé l'arrêt "total" des exportations d'armes à Damas et annoncé que son pays allait proposer au Conseil de sécurité de rendre "obligatoires" les dispositions du plan Annan en ayant "recours au chapitre 7", qui ouvre la porte à des sanctions et à l'usage de la force.

Mais "la Chine désapprouve les sanctions partiales et les pressions", a déclaré lors d'un point de presse le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Liu Weimin, interrogé sur la proposition de M. Fabius. "Dans les circonstances actuelles, les différentes parties devraient apporter un entier soutien aux efforts de médiations de M. Annan", a-t-il insisté.

La Russie et la Chine se sont jusqu'à présent opposées à toute action contre le régime syrien à l'ONU.

Face à la détresse des civils, l'Italie a annoncé jeudi l'envoi en Syrie et en Jordanie d'une aide médicale "pour soigner les populations syriennes affectées par les problèmes sanitaires liées aux violences en cours dans le pays".

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