NOUVELLES

Suu Kyi appelle les investisseurs à soutenir le processus démocratique birman

14/06/2012 12:26 EDT | Actualisé 14/08/2012 05:12 EDT

GENÈVE - Aung San Suu Kyi a appelé jeudi les investisseurs étrangers à soutenir le processus démocratique entamé depuis un peu plus d'un an en Birmanie. L'icône de l'opposition, qui a récemment retrouvé la liberté et vient d'être élue députée, a entamé en Suisse son premier voyage en Europe depuis 24 ans.

Elle a demandé «l'aide» et «l'investissement» afin de renforcer «le processus de démocratisation» à l'occasion de la conférence annuelle de l'Organisation internationale du travail (OIT), devant un parterre enthousiaste de diplomates des Nations unies.

La dirigeante de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) a souligné à cet égard le secret entourant de récents accords conclus entre la Chine et la compagnie publique du pétrole et du gaz de Birmanie. Courtisée par les groupes qui convoitent les richesses énergétiques du pays, cette dernière manque selon elle «à la fois de transparence et de contrôle».

Des groupes occidentaux s'apprêtent également à investir en Birmanie depuis l'assouplissement des sanctions qui frappent ce pays dirigé par des militaires de 1962 à 2011.

La junte s'est dissoute pour laisser le pouvoir à un gouvernement civil officiellement indépendant, qui a entamé un vaste programme de réformes démocratiques sous la houlette du président Thein Sein.

Des centaines de prisonniers politiques ont été libérés et des élections ont permis à Aung San Suu Kyi de devenir députée le 1er avril dernier, douze ans après la victoire jamais reconnue de la LND aux législatives de 1990.

«Tout investissement lié à la levée ou la suspension des sanctions devrait ajouter et non ôter quelque chose au processus démocratique», a souligné l'opposante, interrogée par les journalistes après son discours.

La Birmanie, devenue l'un des pays les plus pauvres du monde, a besoin de l'argent étranger mais les investisseurs s'inquiètent de la corruption et du risque d'alimenter l'appareil militaire.

Après cette première étape suisse, «La Dame» poursuivra sa tournée européenne et prononcera enfin, samedi à Oslo, son discours de réception du prix Nobel de la paix 1991. A l'époque, elle était assignée à résidence par la junte, comme cela a été le cas pendant 15 des 22 années suivantes, jusqu'à sa libération en novembre 2010.

Aung San Suu Kyi est attendue ensuite en Irlande puis en Grande-Bretagne, où elle a étudié, vécu pendant des années... et fêtera ses 67 ans mardi. Elle y a épousé Michael Aris, dont elle a eu deux fils, Alexander et Kim. C'est en 1988 qu'elle s'est rendue au chevet de sa mère malade en Birmanie et a finalement pris la tête du combat pour la démocratie en co-fondant la LND, auréolée de la gloire de son père, le général Aung San, héros de l'indépendance.

En 1999, elle a renoncé à assister à l'enterrement de son époux, de peur que la junte ne l'empêche de rentrer dans son pays. Elle achèvera sa tournée européenne en France, du 26 au 29 juin, à l'invitation du président François Hollande.

À Genève, la militante pour la démocratie la plus célèbre du monde n'a pas évoqué l'élection présidentielle de 2015 mais a laissé entendre qu'elle nourrissait d'autres ambitions politiques.

«Je ne suis pas ici en tant que représentante des travailleurs, ou des employeurs, ou du gouvernement. Du moins pas encore», a-t-elle lancé.

Pendant ce temps, les violences ethniques et sectaires qui ont ébranlé une région de l'ouest de la Birmanie la semaine dernière a fait 29 morts, selon des données diffusées jeudi par des autorités locales.

Les autorités de la capitale de l'État de Rakhine, Sittwe, ont également révélé que 30 000 personnes avaient été déplacées, un total beaucoup plus important que des bilans précédents, et pouvant possiblement poser un problème pour une région pauvre.

Alors que les médias gouvernementaux ont fait attention à ne pas blâmer directement l'une des deux parties pour la violence, décrivant plutôt les émeutiers comme des «terroristes», d'autres organes de presse ont plutôt décrit la communauté des Rohingyas comme étant les agresseurs.

Ces informations alimentent le ressentiment contre les Rohingyas, considérés par le gouvernement et bon nombre de Birmans comme des immigrants illégaux du Bangladesh voisin. L'État a tout de même semblé pressé d'éviter que les violences entre bouddhistes et musulmans ne se répandent dans le reste du pays. Bien que les tensions dans l'État de Rakhine soient basées sur des rivalités ethniques, il existe également une ligne de fracture religieuse.

L'armée a été appelée en renforts pour mettre fin aux violences, vendredi, en imposant entre autres un couvre-feu pendant la nuit. Lorsque les troubles ont atteint Sittwe, le président Thein Sein a déclaré l'État d'urgence dans l'État de Rakhine, donnant à l'armée les pleins pouvoirs pour rétablir l'ordre. M. Sein soutient que les violences pourraient mettre en péril sa politique de réformes démocratiques.

Mercredi, l'expert onusien des droits de la personne en Birmanie, Tomas Ojea Quintana, a déclaré que les récentes violences mortelles dans l'État de Rakhine représentaient une «menace sérieuse» pour l'avenir du pays.

«Le gouvernement doit impérativement augmenter ses efforts pour diminuer les tensions et réinstaurer la sécurité pour empêcher que les violences ne se répandent davantage», a-t-il déclaré par voie de communiqué.

PLUS:pc