OTTAWA - Après plus de 22 heures de votes sans répit sur le projet de loi mammouth, les députés ont finalement été libérés de la Chambre des communes alors que le marathon a pris fin peu avant 23 h 30h.

Après le 159e et dernier vote, le projet de loi de mise en oeuvre du budget fédéral, n'a fait l'objet d'aucun amendement. Le vote final sur l'étape du rapport s'est déroulé dans une atmosphère festive, les députés de chaque parti s'accordant une ovation monstre. Un certain décorum est revenu pendant que le vote des députés libéraux. Toutefois, le président de la Chambre a éprouvé quelques difficultés à ramener le calme à l'issue du vote.

Les conservateurs ont systématiquement rejeté les quelque 800 changements proposés par l'opposition, regroupés pour le déroulement du vote.

L'opposition avait espéré emporter quelques votes si trop de conservateurs s'absentaient en même temps des Communes. Mais les troupes de Stephen Harper ont fait preuve de discipline.

La séance ininterrompue de vote a toutefois été difficile pour les députés.

Les oreillers sont d'ailleurs réapparus à la Chambre des communes, jeudi après-midi, alors que les députés avaient plusieurs heures de votes devant eux.

La ministre Lisa Raitt a été vue couchée sur ses bras sur son bureau en après-midi, un député conservateur dormait dans les rideaux et un autre — qui avait la chance d'être près d'une colonne — s'y était accoté sur un oreiller à carreaux. Le ministre Vic Toews avait pour sa part un petit oreiller de voyage autour du cou, qu'il oubliait d'enlever par moments.

Plus tôt en journée, alors que les votes en série étaient encore en cours, le ministre des Finances Jim Flaherty avait demandé à l'opposition de cesser ses petits jeux, car ils coûtent cher aux contribuables, a-t-il déploré.

«Ce n'est pas un moment pour les jeux partisans», a-t-il insisté, visiblement éreinté. «C'est un moment sérieux».

Il dénonçait alors le fait que les députés néo-démocrates se levaient lentement pour voter, afin de retarder encore plus le processus.

«Ça n'accomplit rien, à part gaspiller l'argent des contribuables dans la Chambre des communes parce que c'est dispendieux de faire fonctionner la Chambre», a lancé M. Flaherty, exaspéré.

La tactique n'avait toutefois pas été utilisée pour tous les votes.

Un manifestant aussi avait réussi jeudi après-midi à troubler le vote. Un jeune homme a réussi à entrer dans la galerie publique du Parlement pour crier «Honte à vous, les conservateurs, car vous êtes en train de vendre notre environnement!», avant de se faire expulser manu militari.

Jeudi, malgré toute une nuit et une bonne partie de la journée à voter sans relâche sur C-38, les députés des deux côtés de la Chambre refusaient de s'avouer fatigués.

Mais leurs traits tirés, leurs vêtements froissés et leurs cravates un peu relâchées trahissaient leur état.

L'atmosphère aux Communes était d'ailleurs plus dissipée qu'à l'habitude, certains députés étant écrasés dans leur siège, de petits groupes discutant entre eux, échangeant des bonbons, mais ayant toutefois assez d'énergie pour crier, applaudir leurs collègues et apostropher leurs adversaires.

Tous les partis ont fait des rotations pour la présence des députés en Chambre, histoire d'avoir un peu de répit.

D'autres n'ont pas hésité à braver les interdits. Une délégation de députés du Nouveau Parti démocratique, sont entrés aux Communes en matinée en portant des plateaux de café, illégaux dans l'enceinte de la Chambre.

«C'est pour une bonne cause», a lancé en riant M. Cullen.

Les députés ont aussi envoyé des messages sur Twitter pendant toute la durée du marathon de votes, pour informer les citoyens de la progression du vote, mais aussi d'autres à saveur humoristique. Certains faisaient part des morceaux de musique qu'ils écoutaient pour rester éveillés.

Lors de petites pauses santé, les députés expliquaient comment ils faisaient pour ne pas s'endormir.

«Du café, et beaucoup de conservateurs devant moi», a laissé tomber le néo-démocrate Alexandre Boulerice, lorsque interrogé sur ce qui le gardait éveillé la nuit.

Mais le mot d'ordre de l'opposition demeurait sérieux.

«Je suis avec mes collègues et on se bat pour les valeurs auxquelles on croit, on se bat pour l'environnement, pour la santé», a expliqué le député néo-démocrate Hoang Mai, qui restait captif à la Chambre des communes le jour où il devait célébrer son 39e anniversaire.

Le leader parlementaire du Parti libéral, Marc Garneau, a dit pour sa part «mission accomplie», bien avant la fin des votes. Et malgré l'incapacité de l'opposition à imposer des amendements à C-38, vu la majorité conservatrice.

L'opposition voulait attirer l'attention des Canadiens sur le contenu de C-38, et aussi sur l'abus du gouvernement conservateur qui a inclut toute une série de mesures non reliées au budget dans le projet omnibus de 425 pages, comme la réforme des évaluations environnementales et les changements à l'assurance-emploi et à la sécurité de la vieillesse.

«L'indignation est en train de se lever, croit M. Garneau. Le Canada se réveille au fait que ce gouvernement abuse de son pouvoir, de sa majorité, et qu'ils sont en train de passer un gros sapin».

Les partis d'opposition avaient notamment demandé — en vain — que C-38 soit scindé en plusieurs projets de loi pour en permettre une étude plus approfondie.

En forçant un vote de nuit s'échelonnant sur plusieurs heures, les partis d'opposition voulaient attirer l'attention de la population sur ce projet de loi qu'ils jugent inacceptable.

Le vote final sur C-38 devrait avoir lieu au début de la semaine prochaine.

Loading Slideshow...
  • BUDGET 2012: LES FAITS SAILLANTS

    À la fin de la présente année financière, le déficit s'élèvera à 24,9 milliards $, pour diminuer graduellement afin d'atteindre 1,3 milliard $ en 2014-2015. L'année suivante, le gouvernement prévoit engranger un excédent de 3,4 milliards $. (PC/Sean Kilpatrick)

  • COMPRESSIONS BUDGÉTAIRES

    Le gouvernement réduit de 5,2 milliards $ les dépenses ministérielles, soit 6,9 pour cent de leur budget, avec des départs de 19 200 fonctionnaires à terme, ce qui représente 4,8 pour cent de la fonction publique fédérale.

  • RADIO-CANADA

    Le gouvernement Harper réduit le financement de CBC/Radio-Canada de 115 millions de dollars sur trois ans, soit des compressions de 10 % du budget.

  • LA CENT DISPARAÎT

    La Monnaie royale canadienne cessera de distribuer la pièce d'un cent à compter de l'automne prochain, ce qui permettra des économies annuelles de 11 millions $. (CP photo)

  • LA LOI ET L'ORDRE

    Le ministère fédéral de la Sécurité publique subira une ponction de 179,4 millions $ en 2012-2013. De cette somme, près de la moitié, soit 85,5 millions $, devra être puisée dans le budget des services correctionnels du Canada. En 2014-2015, les économies devront avoir atteint 295,4 millions $ aux services correctionnels du Canada.

  • ENVIRONNEMENT

    Ottawa entend accélérer les processus d'examen environnemental des grands projets. La Table ronde nationale sur l'environnement et l'écologie, une organisation dont le mandat était de trouver des façons de concilier les considérations environnementales et économiques, est abolie.

  • LIBERTÉ 67

    L'âge d'admissibilité aux prestations de la Sécurité de la vieillesse passe de 65 à 67 ans. Il en est de même pour les prestations du Supplément de revenu garanti, dont bénéficient les personnes âgées démunies. La hausse graduelle de l'âge d'admissibilité à ces prestations débutera en avril 2023 et s'étendra jusqu'en janvier 2029.

  • SANTÉ

    Des compressions de 310 millions de dollars d'ici 2014-2015. Santé Canada et l'Agence de santé publique Canada vont fusionner leurs services administratifs. (Alamy photo)

  • RECHERCHE ET DÉVELOPPEMENT

    Le gouvernement annonce une réforme importante de ses programmes d'aide à l'innovation qui se traduira notamment par l'abolition du soutien à la recherche fondamentale et une baisse du crédit d'impôt pour la recherche et le développement.

  • IMMIGRATION

    Le gouvernement compte inciter les entreprises à embaucher des Canadiens avant de recourir aux travailleurs étrangers temporaires. Il veut aussi axer davantage le système d'immigration sur les besoins du marché du travail. (pwenzel on Flickr)

  • AFFAIRES ÉTRANGÈRES

    Le ministère des Affaires étrangères devra vendre certaines résidences, réduire son parc automobile, revoir les allocations de ses employés. Le Canada se retirera de certaines organisations internationales non identifiées jugées non «pertinentes à ses intérêts et priorités». (Amos Ben Gershom/GPO via Getty Images)

  • DÉFENSE

    Le portefeuille de la Défense nationale sera réduit de 326,8 millions $ en 2012-2013 et ultimement de 1,12 milliard $ en 2014-2015. Après la fin de la mission de combat en Afghanistan, la Défense et les Forces armées canadiennes devraient améliorer les processus d'attribution de contrats, rationaliser l'acquisition de matériel de soutien et centraliser la gestion des biens immobiliers, entre autres. Une somme de 5,2 milliards $ en 11 ans sera consacrée au renouvellement de la flotte de la Garde côtière canadienne. (ROMEO GACAD/AFP/Getty Images)

  • KATIMAVIK

    Le programme créé sous Pierre Elliot Trudeau est aboli, <a href="http://quebec.huffingtonpost.ca/2012/03/30/abolition-katimavik-coup-eclat_n_1392454.html" target="_hplink">comme le rapportait le Huffington Post Canada</a>. (CP photo)

  • PÊCHES ET OCÉANS

    Le budget de Pêches et Océans Canada sera réduit de 79,3 million de dollars d'ici 2014-2015, au prix d'une importante restructuration. (AFP/Getty Images)

  • ÉDUCATION AUTOCHTONE

    Une somme de 275 millions $ en trois ans sera consacrée à l'éducation pour les Premières Nations, en plus de 330,8 millions $ en deux ans pour l'amélioration de la qualité de l'eau sur les territoires autochtones. (CP)

  • FONDS DE RETRAITE

    Les fonds de pension des fonctionnaires fédéraux seront modifiés. Le gouvernement propose de rajuster les cotisations des employés de la fonction publique de façon à ce qu'elles en viennent à être égales à celles de l'employeur, soit une proportion de 50-50. Elles ne sont actuellement que de 37 %. Les députés devront aussi faire un effort. Comme les fonctionnaires, ils devront aussi éventuellement débourser 50 % des cotisations à leur fonds de pension, mais le budget ne souffle mot sur de possibles réductions de leurs généreuses prestations, une fois la retraite arrivée. (Alamy photo)