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Les shebab partis, une petite ville somalienne renoue avec les soins de santé

14/06/2012 09:52 EDT | Actualisé 14/08/2012 05:12 EDT

Amino Mahamoud attendait de voir un médecin depuis 10 ans. Depuis qu'une balle s'est logée dans sa fesse gauche, sans jamais depuis en être retirée.

Cette Somalienne de 76 ans avait pris une balle perdue dans la capitale Mogadiscio. "Quand j'ai été touchée, je n'avais pas d'argent et le principal hôpital était fermé, alors je n'ai pas pu voir de médecin," se souvient-elle.

Une fois en état de voyager, Amino Mahamoud était rentrée chez elle à Hudur, la capitale de la province de Bakol (centre). Mais sa blessure continue depuis de la handicaper.

"Je me sens mal après cinq minutes de marche et j'ai tout le temps mal," dit-elle.

Bakol n'a plus abrité d'hôpitaux depuis plusieurs années, depuis que les insurgés islamistes shebab, récemment intégrés à Al-Qaïda, ont fermé une maternité ouverte en 2008.

Mais en avril, les rebelles ont été chassés de Hudur par les troupes éthiopiennes entrées fin 2011 en Somalie. Et les choses changent: l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) met ici en place un hôpital de campagne.

Le bâtiment choisi par l'OMS était avant un centre de santé pour mères et enfants de l'organisation International Medical Corps (IMC).

Ici, "le dernier accouchement a été celui de la femme d'un responsable shebab", se souvient Fatuma Abdullahi, une sage-femme qui travaillait dans le centre avant qu'il ne ferme. La femme a eu un garçon, "né dans la nuit, et au matin, International Medical Corps était chassé des lieux," poursuit-elle.

IMC fournissait médicaments, moustiquaires, nourriture et couvertures aux mères. "Quand IMC est parti, les locaux ont été pillés par les shebab," raconte encore Fatuma Abdullahi.

Quand ils contrôlaient la zone, les combattants islamistes en avaient expulsé toutes les agences humanitaires. Aujourd'hui, même si les rebelles contrôlent encore les routes qui mènent à Hudur, la capitale régionale est relativement sûre.

L'OMS a déjà pu y envoyer par avion deux tonnes d'équipement, trois chirurgiens et un anesthésiste. Les anciennes réserves des locaux d'IMC ont été transformées en salles d'opération, l'électricité a été rétablie et les patients peuvent enfin voir un médecin.

Mohamed Idoor est le premier à franchir la porte du nouvel hôpital de campagne. Cet ancien ingénieur de 71 ans dit avoir mal aux jambes, des hémorroïdes et souffrir d'allergie. Pour les médecins qui l'examinent, le problème est sa prostate, et il faudra opérer. L'intervention est impossible pour le moment, par manque d'équipement, mais peut être pourra-t-elle être tentée dans six mois.

"Je suis très, très heureux," lâche-t-il alors. "Je pense que ça va aller maintenant."

Quand l'ONU a déclaré la famine en Somalie en juillet 2011, tout le monde s'est concentré sur l'aide à Mogadiscio, explique Omar Saleh, coordinateur des situations d'urgence pour l'OMS dans le pays. Mogadiscio est "importante", poursuit-il, "mais que deviennent les autres régions?".

En ouvrant un hôpital à Hudur, "nous envoyons à la communauté le message que nous sommes ici pour aider, qu'ils ne sont pas négligés, qu'ils ne sont pas oubliés simplement parce qu'ils ne sont pas à Mogadiscio," estime-t-il.

Des dizaines de milliers de personnes avaient fui leur maison l'été dernier quand une sécheresse dévastatrice s'est abattue sur la région, anéantissant les récoltes et le bétail.

Beaucoup sont passées de l'autre côté de la frontière, en Ethiopie et au Kenya, d'autres ont rejoint Mogadiscio malgré les combats rencontrés en chemin. La Somalie est ravagée depuis 20 ans par le chaos politique et la guerre civile, et les shebab contrôlent encore une grande partie du centre et du sud du pays.

Omar Saleh voudrait désormais que d'autres agences humanitaires viennent à Hudur. "Nous devons commencer à nous occuper des gens là où ils sont," dit-il. "Plus l'aide vise Mogadiscio, plus on encourage les gens à rejoindre Mogadiscio. Plus vous ciblez les gens chez eux, plus ils vont rester chez eux".

Dans la région, le bruit commence à circuler qu'un hôpital est désormais opérationnel à Hudur.

L'établissement accueille pour l'instant 150 à 200 personnes en une journée, précise Omar Saleh. "Demain, il y en aura plus," assure-t-il.

Mais pour beaucoup de patients, l'établissement aura ouvert trop tard.

"Parmi les patients que j'ai vus, sur trois ou quatre sur dix, il est déjà trop tard pour opérer", déplore le responsable.

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