POLITIQUE

Le spectacle du groupe Mise en demeure sur les Plaines annulé

14/06/2012 11:08 EDT | Actualisé 14/08/2012 05:12 EDT
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QUÉBEC - Le premier ministre Jean Charest a condamné avec véhémence, jeudi, la «banalisation de la violence et de l'intimidation» qui, selon lui, prend racine au Québec dans la foulée de la crise étudiante.

«Plus jeune, je faisais partie d'un mouvement étudiant; jamais il ne nous serait venu à l'idée de poser des gestes violents, ça aurait été impensable! Mais là, c'est devenu acceptable. La cause le justifie, paraît-il. Non. Ce n'est pas le Québec», a-t-il lancé peu avant la période des questions à l'Assemblée nationale.

Le spectacle annoncé — puis annulé — du groupe anarchiste «Mise en demeure» sur les plaines d'Abraham à Québec le 23 juin dans le cadre de «Party clandestin» de l'organisme Envol et Macadam a piqué le premier ministre au vif.

En point de presse, M. Charest s'en est pris aux messages véhiculés par cette formation marginale qui s'est fait connaître plus tôt cette semaine avec son pastiche d'un tableau de grand maître où l'on voit le premier ministre gisant sans vie aux pieds d'Amir Khadir.

Les chansons de Mise en demeure ne font pas dans la dentelle. L'une d'elles, intitulée «Ah vous dirais-je maman», «menace directement» la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, s'est indigné M. Charest.

Le passage controversé se lit comme suit: «Ah vous dirais-je scie à chaîne / M’as te présenter Courchesne / Mad’moiselle veut dég’ler l’éducation / À grands coups de répression / M’a t’la g’ler ça s’ra pas ben long / D’un coup d’masse dret à dret du front».

«Est-ce que ces gens-là pensent que nous n'avons pas de famille? Que nous ne sommes pas des êtres humains? C'est comme si on vient déshumaniser la politique, déshumaniser la vie», a pesté M. Charest au sujet des promoteurs du «Party clandestin» qui avaient cru bon inviter le groupe sur les Plaines.

La liberté d'expression est certes précieuse, mais elle n'autorise pas à dire n'importe quoi, a poursuivi le premier ministre, qui s'inquiète du climat d'invectives dans lequel le Québec baigne depuis quelques mois. «Ce n'est pas le Québec que je vois, ce n'est pas ça, les Québécois. Il y a une minorité qui impose ce discours sous prétexte de la liberté de parole», a-t-il dit.

Le discours banalisant la violence et l'intimidation s'impose petit à petit au Québec, selon M. Charest. Plutôt que de baisser les yeux, les Québécois doivent s'élever contre ceux qui tentent d'imposer leur agenda d'agitation sociale, a-t-il fait valoir.

«L'erreur, c'est de ne pas réagir, c'est de ne rien dire, de laisser passer. Depuis des mois, ça avance d'un pas à l'autre, on tolère l'intimidation, la violence sous prétexte que... On a vu ça sur les campus dans nos écoles, dans nos collèges. Moi, ça m'a profondément choqué», a lâché M. Charest.

Quant à eux, «les gens qui organisent la Fête nationale ont une réflexion à faire», a-t-il affirmé. Le 24 juin ne doit «pas être une opération politique» mais une fête pour rassembler «tous les Québécois sans exception, peu importe nos allégeances politiques, la couleur de notre peau, même la langue que nous parlons», a-t-il insisté.

Plus tard, au cours des débats à l'Assemblée nationale, l'opposition péquiste a de nouveau accusé le gouvernement de laisser traîner la crise en longueur à des fins partisanes. De cette façon, le chef libéral espère apparaître «comme le champion de la loi et de l'ordre» pendant la prochaine campagne électorale, a soutenu la députée Marie Malavoy.

Le coulage récent d'un document du cabinet du premier ministre, qui suggère d'associer le Parti québécois au désordre social, s'inscrit dans «cette stratégie électorale bien orchestrée et planifiée depuis des semaines», a renchéri la chef Pauline Marois.

Le premier ministre a nié vouloir profiter de la crise mais n'a pas hésité à sommer sa vis-à-vis péquiste de choisir son camp.

«Pourquoi n'est-elle pas capable de dire que les étudiants qui veulent avoir accès à leurs salles de cours doivent y avoir accès sans intimidation et sans violence? Son vrai test, c'est ça. Et si elle croit ça, qu'elle se lève et le dise. Sinon, elle se place du côté de ceux qui prônent la violence et l'intimidation», a-t-il dit.

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