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Irak: les chiites commémorent le décès d'un imam révéré malgré les violences

14/06/2012 06:37 EDT | Actualisé 14/08/2012 05:12 EDT

Des milliers de chiites affluaient jeudi vers un mausolée dans le nord de Bagdad pour célébrer la mémoire d'un de leurs imams, mort il y a plus de 1.200 ans, en dépit de la vague de violences mercredi qui a causé la mort de 72 personnes.

Les dizaines d'attentats, qui ont visé principalement les pèlerins, ont également blessé 250 personnes, lors de la journée la plus sanglante depuis 10 mois en Irak.

Pour ne pas risquer une nouvelle effusion de sang, le gouvernement a décidé que jeudi serait un jour chômé dans la province de Bagdad.

Les routes menant au quartier de Kazamiya, où se tiendra en fin de semaine la cérémonie marquant la mort en 799 de l'imam Moussa Kazem, le septième des douze imams révérés par les chiites, ont été fermées au trafic, ont constaté les journalistes de l'AFP.

Des militants extrémistes sunnites, qui considèrent les chiites comme des hérétiques, ont par le passé multiplié les attentats contre eux pendant les fêtes religieuses, traditionnellement marquées par d'importants rassemblements.

A Outaïfiya, dans le nord de la capitale, de longues files d'hommes, de femmes vêtues de noir et d'enfants, portant des drapeaux verts, se dirigeaient vers le mausolée. Ils psalmodiaient des chants religieux et certains se frappaient le corps en signe de deuil.

Traditionnellement, les chiites vont à pied jusqu'à Kerbala (110 km au sud de Bagdad) pour commémorer le quarantième jour de la mort de Hussein, petit-fils du prophète Mahomet, et jusqu'à Bagdad pour l'anniversaire du décès de Moussa Kazem. Cette marche est un signe de pénitence de la part des fidèles, qui estiment avoir laissé périr les imams sans leur porter secours.

Hussein a été tué par les troupes du calife omeyyade Yazid en 680 alors que Moussa Kazem a été, selon les chiites, emprisonné à Bagdad et empoisonné dans sa prison par le calife abbasside Hâroun al-Rachid.

Des tentes ont été érigées à plusieurs carrefours de la capitale afin d'offrir aux pèlerins nourriture et boissons.

Des centaines de chiites traversaient également Karrada, dans le centre de Bagdad, où un attentat à la voiture piégée a causé mercredi la mort d'au moins 16 personnes. Au total, au moins 28 personnes ont été tuées dans les attaques à Bagdad.

"C'est la sixième année que je participe à cette procession. J'ai quitté mon domicile à 02H00 du matin et je me sens en pleine forme", assure Hussein Mouraweh, 17 ans, venu à pied de Souwayra, à 60 km au sud de la capitale. Ces processions étaient interdites à l'époque de Saddam Hussein, qui était sunnite.

"Nous sommes venus dire aux terroristes qu'ils ne nous font pas peur avec leurs bombes. Rendre visite à l'imam Kazem est quelque chose de très important", dit-il.

Salam Jaber, 27 ans, qui a marché durant cinq jours pour relier les 180 km séparant sa localité de Mouwafaquiya à Bagdad, partage ce sentiment. "Les explosions ne signifient rien pour nous. Ce n'est pas nouveau. Même s'ils commettaient 20 attentats par jour cela ne nous empêcherait pas de venir à pied rendre hommage à notre imam", assure-t-il.

Les violences en Irak ont diminué par rapport aux terribles années 2006 et 2007 mais n'ont pas pour autant disparu, en particulier à Bagdad. En mai, 132 personnes ont perdu la vie dans des attaques, selon les chiffres officiels.

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