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Inquiétude après l'expulsion d'ONG de l'est du Soudan

14/06/2012 05:27 EDT | Actualisé 14/08/2012 05:12 EDT

La décision du Soudan d'expulser sept organisations humanitaires de l'est du pays suscite l'inquiétude des pays donateurs, qui y voient une preuve de l'hostilité croissante de Khartoum à toute assistance étrangère.

La Commission des affaires humanitaires (HAC) du gouvernement soudanais a mené une rapide évaluation de l'activité de 14 ONG internationales dans l'est du pays, et décidé en mai d'en expulser sept, en affirmant que certains projets étaient mal menés, de piètre qualité ou trop coûteux.

Le Forum des ONG internationales du Soudan, qui les représente, a déploré cette décision, soulignant que les organisations touchées, qui fournissent notamment des soins aux femmes et enfants et mènent des projets liés à l'eau potable, la nutrition et au déminage, apportaient de l'aide à plus de 600.000 personnes.

La région, qui couvre les Etats de Kassala, de Gedaref et de la Mer Rouge, où un accord de paix fragile a été instauré en 2006 après plus d'une décennie de guerre civile, a des niveaux de malnutrition "significativement pires" que les autres parties du pays, a indiqué une source à l'ONU.

L'Est du Soudan, où la pauvreté est endémique, affiche également le taux de mortalité le plus élevé du pays pour les enfants de moins de cinq ans.

"La conséquence de cette décision pour la population de l'Est soudanais, dont une grande partie va être privée d'accès aux services de base, est par conséquent potentiellement dangereuse", a souligné le Forum.

Cette décision est loin d'être un acte isolé. La semaine précédente, Médecins sans frontières (MSF) avait annoncé avoir été contraint de suspendre ses activités dans une partie du Darfour-Nord, en raison des restrictions imposées par le gouvernement soudanais, laissant 100.000 personnes sans soins de santé vitaux.

Selon MSF, Khartoum a bloqué l'envoi de médicaments destinés au Darfour, une région en guerre civile de l'Ouest, sans donner d'"explication claire".

Contactées par l'AFP, les ONG ayant reçu l'ordre de suspendre leurs opérations dans l'Est ont refusé de commenter cette décision, certaines expliquant que cela pourrait mettre en péril leurs activités dans d'autres parties du pays.

Mais de façon anonyme, des travailleurs humanitaires et des diplomates occidentaux ont exprimé leur profonde frustration, de même que leur préoccupation face à l'attitude de Khartoum, qui se montre de plus en plus suspicieux voire hostile aux associations humanitaires étrangères.

"Il nous est de plus en plus difficile d'accéder aux gens dans le besoin, où qu'ils soient", a déclaré une autre source à l'ONU.

La dernière décision semble avoir été prise à un très haut niveau à Khartoum. "A mon avis, ces organisations n'ont rien fait de mal. La preuve, c'est qu'au niveau local, elles étaient très appréciées", a affirmé un diplomate à l'AFP.

"Nous craignons tous qu'il s'agisse du début de l'annulation des projets (humanitaires) dans d'autres parties du pays, comme le Darfour", a-t-il ajouté.

En 2009, Khartoum avait déjà retiré les autorisations de 13 ONG travaillant au Darfour, après l'émission par la Cour pénale internationale (CPI) d'un mandat d'arrêt pour crimes de guerre contre le président soudanais Omar el-Béchir.

Les ONG et les agences de l'ONU avaient aussi été expulsées du Kordofan-Sud et du Nil-Bleu après le déclenchement d'hostilités entre les forces du régime et des rebelles l'an passé.

L'accès aux régions frontalières, théâtre aussi de combats, leur est également interdit, malgré la pénurie généralisée de nourriture.

Le gouvernement exprime régulièrement sa détermination à "soudaniser" les activités humanitaires dans le pays, mais les diplomates de pays donateurs doutent des capacités et des expertises disponibles en interne.

Une travailleuse humanitaire employée par l'organisation irlandaise GOAL, Hannah Reed, qui s'est rendue dans les zones rurales de l'Est, rapporte sur un blog que "rien ne suggère qu'il est possible pour les gens - des villages entiers, en fait - de survivre".

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