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Violence et carré rouge: Christine St-Pierre s'excuse auprès des artistes

13/06/2012 11:24 EDT | Actualisé 13/08/2012 05:12 EDT

QUÉBEC - Confrontée à la colère du milieu culturel, la ministre Christine St-Pierre a présenté mercredi ses excuses aux artistes outrés par ses propos associant le carré rouge à la violence.

Une fronde sans précédent des artistes et autres acteurs du milieu a eu raison de la fermeté de la ministre de la Culture, qui avait refusé net, la veille, de faire acte de contrition malgré les appels répétés de l'opposition péquiste.

«Si des gens ont été blessés par mes commentaires, je m'en excuse, ce n'est certainement pas ce que j'ai voulu faire», a lâché Mme St-Pierre lors d'un court point de presse avant la période des questions à l'Assemblée nationale.

Elle a néanmoins réitéré ses commentaires de la veille à l'effet que la crise étudiante a conduit à de nombreux actes de violence dont ont été témoins les Québécois ces dernières semaines.

«Les Québécois ont été témoins d'étudiants qui ont été empêchés d'entrer à leurs cours, les Québécois ont été témoins de bombes fumigènes dans le métro, les Québécois ont été témoins de vitres fracassées, les Québécois ont été témoins de journalistes et de cameramen qui ont été empêchés de faire leur travail: c'est de ça dont je parlais et c'est dans cet atmosphère que nous baignons», a-t-elle expliqué.

Si de nombreux citoyens portent le carré rouge pour exprimer leur appui pacifique à la lutte étudiante contre la hausse des droits de scolarité, d'autres affichent le même symbole et font la promotion de la violence, a soutenu la ministre.

Interpellée mercredi matin par le Parti québécois, Mme St-Pierre s'est une nouvelle fois amendée en Chambre, mais cela ne l'a pas empêchée d'énumérer une fois de plus les dérapages de manifestations liées au conflit étudiant.

«On parle de menaces et d'intimidation, de collègues (libéraux) qui ont eu des bidons d'essence à leur porte, de personnel politique victime d'actes de violence devant leur maison», a-t-elle soulevé, avant d'inviter les citoyens et la classe politique à dénoncer «toute forme de violence».

La ministre de la Culture est sur le gril depuis qu'elle a associé, vendredi dernier, le port du carré rouge à la promotion de la violence. Elle a fait cet amalgame à la suite du refus du conteur Fred Pellerin d'être fait chevalier de l'Ordre national du Québec. Dans une missive transmise à l'Ordre national, le jeune auteur avait justifié son refus en invoquant la crise sociale.

Déçue, Mme St-Pierre avait répliqué que Fred Pellerin «a le droit de porter le carré rouge — on est dans la liberté d'expression —, mais nous, on sait ce que ça veut dire le carré rouge: ça veut dire l'intimidation, la violence, ça veut dire aussi le fait qu'on empêche des gens d'aller étudier. Pour nous, c'est ce que ça veut dire».

En critiquant le port du carré rouge, la ministre a commis un impair intolérable aux yeux de la communauté culturelle, qui avait déjà massivement épousé la cause étudiante.

Pas moins de 2600 comédiens, chanteurs, écrivains, cinéastes et journalistes culturels ont fait front pour exiger que la ministre fasse son mea culpa.

«La ministre ne peut se permettre de mépriser les artistes», préviennent-ils dans une lettre dont des extraits sont cités par le quotidien Le Devoir dans son édition de mercredi.

«Si votre objectif, en stigmatisant la violence associée au mouvement étudiant, est de vous faire du capital politique, nous tenons à vous rappeler que ce genre de stratagème éveille ce qu'il y a de plus boueux dans les consciences», soulignent les signataires parmi lesquels figurent Michel Tremblay, Léa Pool, Pierre Lapointe et Hugo Latulippe.

A leur avis, la violence est le fait «d'un corps policier qui multiplie les gestes de brutalité envers des manifestants pacifiques». Elle est aussi celle des mots «menteurs et méprisants» de la ministre, analysent-ils.

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