NOUVELLES

Vidéo de Magnotta en classe: l'enseignant a plié à la demande de ses élèves

13/06/2012 11:17 EDT | Actualisé 13/08/2012 05:12 EDT

MONTRÉAL - C'est à la suite d'un vote majoritaire de ses élèves de 4e secondaire qu'un enseignant de l'école secondaire Cavelier-De LaSalle a choisi de présenter la vidéo du meurtre sordide que Luka Rocco Magnotta aurait commis, une décision qui a mené à sa suspension.

Sur les quelque 25 étudiants du groupe, seulement trois ont voté en défaveur de la proposition, a exposé l'une des étudiantes du professeur sanctionné.

«Moi je trouve que oui, effectivement, il n'avait pas à montrer la vidéo, mais de là à perdre sa "job", je trouve que c'est un peu poussé, parce qu'il a suivi ce que les étudiants voulaient voir», a témoigné l'adolescente, âgée de 17 ans.

«C'est sûr que dans un cadre (...) éducatif, il n'avait pas à le montrer, a-t-elle convenu. Mais c'est quand même les étudiants qui ont demandé à le voir.»

L'enseignant en question a livré sa version des faits aux représentants du secteur des relations de travail de la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys (CSMB) mercredi après-midi.

Celle-ci doit maintenant procéder à des vérifications additionnelles avant de statuer.

«La CSMB et l'école secondaire réitèrent qu'il s'agit d'un geste inadmissible pour lequel toutes les conséquences sont envisagées, allant jusqu'au congédiement de l'enseignant», a indiqué la commission scolaire dans un communiqué, avant de préciser qu'elle déploie «toutes les mesures nécessaires» afin de rendre une décision le plus rapidement possible.

La CSMB en sait désormais un peu plus sur les motifs de l'enseignant, qui a été suspendu avec salaire quelques heures après avoir projeté la macabre vidéo du meurtre et du démembrement de Jun Lin qui circule sur Internet.

L'enseignant âgé dans la vingtaine, qui n'est pas à l'emploi de la CSMB, a été sollicité pour un remplacement dans le cours Histoire et éducation à la citoyenneté jusqu'à la fin de l'année scolaire à l'école secondaire Cavelier-De LaSalle, sur l'île de Montréal. Son contrat vient à échéance le 30 juin.

Selon un élève faisant partie de son groupe, il est l'un des enseignants les plus populaires de l'école. Les étudiants rencontrés mercredi sur le terrain de l'école se sont pratiquement tous portés à sa défense.

Peu après sa suspension, l'après-midi du 4 juin, l'enseignant a écrit un bref courriel pour présenter ses «sincères» excuses à la direction. Il mentionne, dans cette missive, que le but de sa démarche n'était pas d'offenser qui que ce soit et dit espérer que les répercussions ne seront pas trop dommageables.

La direction de l'école a réagi aux événements en dépêchant promptement une équipe de psychologues et de psychoéducateurs afin d'assister les élèves qui en ressentaient le besoin. Puisque la direction de l'école a réagi avec célérité, aucune plainte de parent ne s'est rendue à la commission scolaire.

Par voie de communiqué, la CSMB et la direction de l'école Cavelier-De LaSalle ont condamné mercredi «d'une seule voix» le geste de l'enseignant qui a fait visionner à ses élèves une vidéo «au contenu aussi inapproprié qu'offensant».

Du côté des ressources informatiques, on tente de déterminer comment l'enseignant a bien pu réussir à déjouer les paramètres de sécurité. En théorie, la nature des mots-clés pouvant mener à cette vidéo aurait dû empêcher d'avoir accès à ce type de contenu.

On ignore toujours exactement de quelle façon l'enseignant s'y est pris, mais à la CSMB, «on sait que c’est via le poste informatique de l’école».

À Québec, la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, s'est montrée choquée face aux méthodes pédagogiques préconisées par l'enseignant.

«Je trouve ça effrayant. (C'est un) manque de jugement total. Je ne vois aucune vertu pédagogique à l'intérieur de quelque chose comme ça», a-t-elle laissé tomber.

Au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), le porte-parole Ian Lafrenière a indiqué, en début de soirée mercredi, que des vérifications étaient faites par des enquêteurs.

«Pour l'instant, il n'y a pas de plaintes et il est vraiment impossible de confirmer s'il y a des accusations possibles», a-t-il déclaré.

La CSMB rendra sa décision après avoir rencontré l'enseignant. Le verdict pourrait tomber d'ici les prochaines heures ou les prochains jours.

Les images de la vidéo immortalisent le meurtre et le démembrement de l'étudiant Jun Lin survenu à Montréal il y a quelques semaines, selon les autorités policières.

PLUS:pc