NOUVELLES

Syrie: Occident et Russie à couteaux tirés, pas de répit dans les violences

13/06/2012 02:49 EDT | Actualisé 13/08/2012 05:12 EDT

Les Occidentaux et la Russie ont une nouvelle fois étalé leurs divergences mercredi sur la crise en Syrie, où les forces du régime tentent de reprendre les bastions rebelles au moyen d'intenses bombardements comme à Haffé.

Après le chef des opérations de maintien de la paix de l'ONU, Hervé Ladsous, le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a estimé que la Syrie se trouvait en situation de "guerre civile". Mais le régime de Bachar al-Assad comme un groupe de l'opposition ont réfuté cette description.

Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, dont le pays est un allié du pouvoir syrien, a accusé les Etats-Unis de livrer des armes à des "pays de la région", lors d'une visite en Iran, autre fervent défenseur du régime Assad, confronté depuis 15 mois à une révolte populaire réprimée dans le sang.

"Nous ne livrons ni en Syrie, ni ailleurs de choses qui soient utilisées dans la lutte contre des manifestants pacifiques, contrairement aux Etats-Unis eux-mêmes qui livrent régulièrement dans des pays de la région de tels équipements spéciaux", a déclaré M. Lavrov.

Le ministre russe réagissait aux propos de la secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, qui avait exprimé mardi l'inquiétude des Etats-Unis sur "l'envoi d'hélicoptères d'attaque vers la Syrie depuis la Russie, ce qui va provoquer une intensification assez dramatique du conflit".

Mme Clinton est revenue à la charge mercredi en appelant Moscou à cesser de livrer des armes à Damas, avertissant que la "spirale" de la violence entraînait la Syrie tout droit vers la "guerre civile".

Occidentaux et Russes conviennent de la nécessité d'appliquer le plan de l'émissaire international Kofi Annan, qui prévoit un cessez-le-feu et un dialogue national mais est resté lettre morte. Moscou rejette toute ingérence et tout changement de régime imposé en Syrie alors que l'Occident réclame le départ de M. Assad et décide de sanctions.

A Paris, M. Fabius a lui aussi demandé l'arrêt "total" des exportations d'armes à Damas. Il a annoncé que son pays allait proposer au Conseil de sécurité de l'ONU de rendre "obligatoires" les dispositions du plan Annan, en ayant "recours au chapitre 7", qui ouvre la porte à des sanctions et même à l'usage de la force.

La Russie et la Chine se sont jusqu'à présent opposées à toute action contre le régime syrien à l'ONU.

M. Fabius a en outre estimé que la Syrie se trouvait en situation de "guerre civile" en faisant valoir: "Des groupes appartenant à un même peuple se déchirent et s'entretuent".

Mais les Affaires étrangères syriennes ont affirmé que l'armée luttait simplement contre le terrorisme et un groupe de l'opposition syrienne, la Commission générale de la révolution syrienne (CGRS), a lui aussi réfuté la qualification de "guerre civile" en estimant qu'elle mettait "sur un pied d'égalité la victime et le bourreau".

Pendant ce temps, les opérations de répression et les combats entre soldats et rebelles ont fait 50 morts mercredi, 40 civils et dix soldats, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Les forces du régime ont accentué leurs attaques contre plusieurs localités où sont retranchés les rebelles, en les soumettant à des bombardements à l'artillerie lourde, avant de lancer des assauts.

Après huit jours de bombardements sans répit, l'armée a pris le contrôle de Haffé à Lattaquié (nord-ouest), où l'OSDH a parlé d'un repli "tactique" des rebelles de l'Armée syrienne libre (ASL, en majorité composée de déserteurs), pour épargner la vie de civils.

Les autorités ont assuré avoir "ramené la sécurité à Haffé après l'avoir purgée des bandes terroristes armées qui ont commis assassinats et vols", et ont demandé aux observateurs de l'ONU, empêchés d'y parvenir la veille par des partisans de M. Assad, de s'y rendre pour vérifier les faits sur le terrain.

Mais selon un militant à Lattaquié, après le retrait des rebelles, les chabbiha, les miliciens pro-régime, "ont pillé" cette localité proche de Qardaha, ville natale de M. Assad.

Toujours dans la province de Lattaquié, mais aussi dans celle de Deraa (sud), des localités ont été la cible de bombardements militaires, a précisé l'OSDH.

A Deir Ezzor (est), l'armée, appuyée par des hélicoptères, continue de pilonner à l'artillerie lourde des quartiers tenus par les rebelles, et des unités s'affrontaient aux insurgés dans d'autres, a ajouté l'Observatoire. Plusieurs secteurs de Homs (centre) ont aussi été la cible d'obus et le théâtre de violents combats entre soldats et insurgés.

Depuis le début de la révolte que le régime est déterminé à écraser "à n'importe quel prix", plus de 14.100 personnes ont péri, en majorité des civils, selon l'OSDH.

La crise syrienne, qui a de profondes répercussions au Liban, fait aussi peser une incertitude sur le voyage du pape Benoît XVI, prévu en septembre dans ce pays. "Une descente aux enfers a commencé en Syrie", a dénoncé le nonce du Saint-Siège en Syrie, Mgr Mario Zenari, affirmant que les chrétiens devaient jouer un "rôle de passerelle".

bur-tp/fc

PLUS:afp