NOUVELLES

Sida: controverse autour de la guérison annoncée du patient de Berlin

13/06/2012 10:54 EDT | Actualisé 13/08/2012 05:12 EDT

La guérison annoncée --la seule à ce jour-- de l'Américain Timothy Brown, un séropositif connu comme le "patient de Berlin", suscite une controverse entre virologues sur un possible retour de l'infection, rapporte le blog ScienceInsider de la revue américaine Science.

En 2006, après une greffe de moelle osseuse destinée à traiter une leucémie, il avait cessé de prendre des antirétroviraux alors qu'il ne montrait plus aucun signe d'infection par le VIH, conduisant les médecins à le déclarer guéri. La moelle greffée provenait d'un donneur qui avait des cellules mutantes résistantes au VIH.

Mais lors d'une présentation à une conférence scientifique internationale en Espagne le 8 juin, le virologue Steven Yukl de l'Université de Californie à San Francisco (Californie, ouest) a dit que de nouvelles analyses indiquent "certains signes du virus (VIH)" tout en ajoutant "ne pas savoir s'ils sont réels ou le fait d'une contamination" de l'échantillon.

De ce fait, ajoutait ce chercheur, "nous ne pouvons pas dire avec certitude à ce stade s'il y a eu une éradication totale du VIH".

Le virologue français Alain Lafeuillade, de l'hôpital général de Toulon, un expert reconnu du sida, a tiré ses propres conclusions de la recherche du Dr Yukl, affirmant que les résultats indiquaient la présence du VIH dans le sang de Timothy Brown.

"Le soi-disant patient guéri de Berlin a encore des traces détectables du virus du sida dans son corps", écrit-il dans un communiqué. "Et on peut se demander si Brown a été ré-infecté et pourrait encore infecter d'autres personnes", ajoute le virologue français.

Mais Steven Yukl et les autres scientifiques qui ont fait cette étude présentée en Espagne contestent vivement l'interprétation des résultats faite par le Dr Lafeuillade.

"Nous n'avons pas dit que le VIH était encore présent dans le sang de Timothy Brown ou qu'il n'avait pas été guéri", insiste Steven Yukl. "L'objectif de la présentation était de soulever la question de savoir comment on définit une guérison de l'infection et à ce niveau de détection du virus, comment peut-on savoir si le signal est réel", explique-t-il.

Utilisant des tests d'une très grande sensibilité sur des cellules sanguines, le plasma et des tissus rectaux de Timothy Brown, le Dr Yukl et ses collègues ont pu détecter des fragments d'acide nucléique du virus.

Bien que le Dr Yukl pense que ces fragments sont bien des indices réels du VIH, le Dr Douglas Richman de l'Universite de Californie à San Diego, un autre membre de cette équipe de recherche, dit n'avoir rien trouvé et suspecte que ces collègues ont en fait trouvé des contaminants.

"Si vous refaites ces tests suffisamment de fois vous pouvez même trouver des signes de la présence d'éléphants roses dans de l'eau", ironise-t-il.

Selon le blog ScienceInsider, un autre laboratoire a également trouvé des anticorps de VIH dans l'organisme de Timothy Brown mais les niveaux étaient faibles et en baisse.

Le virologie Tae-Wook Chun de l'Institut américain des allergies et des maladies infectieuses, un autre chercheur qui a travaillé avec le Dr Yukl, a souligné que l'équipe n'avait isolé aucun virus du sida capable de faire des copies de lui-même. Il suppute que Timothy Brown pourrait simplement être porteur de fragments génétiques défectueux et inoffensifs du virus.

js/mdm

PLUS:afp