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Mohammed Morsi, un Frère musulman qui veut séduire au-delà des islamistes

13/06/2012 03:58 EDT | Actualisé 12/08/2012 05:12 EDT

Le candidat des Frères musulmans pour la présidence égyptienne, Mohammed Morsi, cherche à gommer une image d'apparatchik islamiste pour se poser en champion du changement face à son rival Ahmad Chafiq, issu de l'ère Moubarak.

Promesses de préserver les acquis de la "révolution", de ne pas forcer les femmes à porter le voile ou de garantir les droits de la minorité chrétienne: M. Morsi a multiplié les assurances pour tenter de séduire au-delà de l'électorat islamiste lors du second tour qui se tient samedi et dimanche.

Il a qualifié de "farce" le procès de Hosni Moubarak, qui a abouti à une condamnation à la perpétuité pour l'ancien président mais à l'acquittement de plusieurs hauts responsables de la police mis en cause dans la répression de la révolte de l'an dernier.

Mohammed Morsi, un ingénieur de 60 ans diplômé d'une université américaine, a été surnommé la "roue de secours" car il a remplacé au pied levé le premier choix de la confrérie, Khaïrat al-Chater, dont la candidature a été invalidée en raison d'une condamnation du temps du président Moubarak.

Peu charismatique, il pose en costume bleu avec un regard timide sur ses affiches qui le montrent au côté d'Egyptiens, dont une femme en niqab ou un pope copte.

Semblant sur la défensive lors de ses premières apparitions publiques, il n'avait, aux yeux de nombreux experts, pas le profil d'un favori. Mais au fil de la campagne, il a pris de l'assurance et du mordant, bénéficiant en outre de l'immense réseau militant des Frères musulmans.

Au premier tour, il a obtenu 24,7% des voix, juste devant M. Chafiq (23,6%).

Depuis des décennies, les Frères musulmans sont très actifs au plan social et caritatif, ainsi que dans les syndicats professionnels. Et la chute du régime Moubarak leur a permis de sortir de la semi-clandestinité politique.

"Nous avons contré (la campagne négative) des médias en rencontrant personnellement les gens", a expliqué à l'AFP Essam al-Eriane, vice-président de la vitrine politique des Frères, le Parti de la liberté et de la justice (PLJ).

Le PLJ, dirigé par M. Morsi, a raflé près de la moitié des sièges de députés lors des législatives de cet hiver. Le scrutin a toutefois été invalidé jeudi par la Cour constitutionnelle au motif d'irrégularités dans la loi électorale.

M. Morsi se présente comme le "seul candidat avec un programme islamiste", partisan d'un "projet de renaissance" fondé sur les principes de l'islam. Il souhaite des relations "plus équilibrées" avec Washington et menace de revoir le traité de paix avec Israël si les Etats-Unis bloquent leur aide à l'Egypte.

Né dans le gouvernorat de Charqiya, dans le delta du Nil, M. Morsi est diplômé d'ingéniérie de l'Université du Caire en 1975 et il a obtenu en 1982 un doctorat de l'Université de Caroline du Sud, aux Etats-Unis.

Militant du Comité de résistance au sionisme, un groupe anti-israélien, il a consacré le plus clair de son activité aux Frères musulmans.

Il a été élu député en 2000 puis réélu en 2005, avant d'être emprisonné pendant sept mois pour avoir participé à une manifestation de soutien à des magistrats réformistes. En 2010, il est devenu porte-parole de la confrérie et membre de son bureau politique.

Il a été à nouveau brièvement emprisonné le 28 janvier 2011, trois jours après le début de la révolte populaire qui a provoqué la chute de M. Moubarak.

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