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L'opposante birmane Aung San Suu Kyi arrive en Europe pour une tournée attendue

13/06/2012 09:31 EDT | Actualisé 13/08/2012 05:12 EDT

GENÈVE - L'opposante birmane Aung San Suu Kyi est arrivée mercredi soir à Genève, en Suisse, dans le cadre de son premier voyage en Europe en 24 ans. Sa tournée européenne est considérée comme un signe de gratitude envers les gouvernements et les organisations qui ont soutenu sa lutte pacifique contre la junte militaire pendant plus de 20 ans, dont 15 passés en résidence surveillée.

La lauréate du prix Nobel de la paix passera la journée de jeudi à Genève, où elle s'adressera au Bureau international du travail (BIT), dont la campagne contre l'esclavage et le travail des enfants en Birmanie a attiré l'attention mondiale sur l'exploitation du peuple par la junte.

En fin de journée, elle se rendra à Berne, où elle sera l'hôte d'honneur d'un dîner offert par la présidente de la Confédération suisse, Eveline Widmer-Schlumpf. Aung San Suu Kyi s'entretiendra par ailleurs avec le ministre suisse des Affaires étrangères, Didier Burkhalter. Vendredi, elle rendra visite au Parlement.

Elle s'envolera ensuite pour Oslo, en Norvège, où elle recevra enfin le prix Nobel de la paix qui lui a été attribué il y a 21 ans, alors qu'elle était détenue par les militaires après la victoire de son parti aux élections de 1990 en Birmanie. L'octroi du prix Nobel avait projeté son combat contre la dictature à l'avant de la scène internationale et l'avait placée au même rang que Nelson Mandela, le dalaï-lama ou Mikhail Gorbatchev.

La France et l'Irlande feront aussi partie de son voyage. En Irlande, elle sera fêtée par le groupe U2 et son chanteur Bono lors d'un concert organisé par Amnistie internationale. La semaine prochaine, son escale au Royaume-Uni lui permettra de retrouver le pays où elle a étudié et vécu pendant des années. C'est là qu'elle a laissé son mari Michael Aris et leurs deux fils, Alexander et Kim, lorsqu'elle est retournée en Birmanie pour se rendre au chevet de sa mère malade en 1988.

Michael Aris est mort d'un cancer en 1999. À l'époque, Aung San Suu Kyi n'avait pas voulu quitter la Birmanie, craignant d'être empêchée d'y retourner par la junte, qui voyait en la fille du héros de l'indépendance birmane, le général Aung San, une menace contre son pouvoir. Aung San Suu Kyi a été libérée de son assignation à résidence en novembre 2010.

Âgée de 66 ans, elle a obtenu cette année un siège au Parlement de Birmanie. Ses discours en Europe pendant son voyage vont être soigneusement analysés par les gouvernements et les gens d'affaires, moins pour son habile rhétorique que pour y découvrir des signes démontrant qu'il est temps d'investir en Birmanie, que le pays est sûr et en train de progresser vers la démocratie.

La méfiance subsiste quant aux réelles intentions du président de Birmanie, Thein Sein, qui garde des relations proches avec les militaires. La récente vague de violences qui a éclaté entre bouddhistes et musulmans dans l'ouest du pays suscite également des inquiétudes. Le président Thein Sein a décrété l'état d'urgence dimanche dans l'État Rakhine.

Aung San Suu Kyi devrait retourner dans son pays à la fin du mois de juin pour assister à une session parlementaire cruciale concernant des questions brûlantes, notamment les lois sur les médias et les investissements étrangers.

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