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L'Iran s'accroche à son indispensable allié syrien

13/06/2012 09:39 EDT | Actualisé 13/08/2012 05:12 EDT

L'Iran s'accroche à son soutien inconditionnel au régime de Damas par crainte de perdre l'un de ses rares alliés, et à travers lui son influence au Moyen-Orient, estiment les analystes.

Unis par leur opposition à Israël, des intérêts religieux et stratégiques communs et leur isolement international croissant, les régimes de Damas et de Téhéran ont besoin l'un de l'autre, soulignent ces analystes.

Damas a besoin du soutien économique et probablement militaire iranien, qui va bien au-delà de l'aide "humanitaire" reconnue par Téhéran, pour résister à la rébellion et aux sanctions internationales.

L'Iran chiite redoute de son côté une chute du régime actuel, dominé par la minorité chiite alaouite syrienne, et l'arrivée au pouvoir d'un régime religieux sunnite hostile qui couperait le seul accès de Téhéran à ses alliés du Hezbollah libanais et du Hamas palestinien.

"La Syrie de Bachar al-Assad est la voie ouverte à l'influence iranienne dans le monde arabe et au Proche-orient", souligne Alireza Nader, analyste à la Rand Corporation. Un effondrement de ce régime "porterait un énorme coup aux intérêts iraniens au Moyen-Orient", ajoute-t-il.

Selon M. Nader, cet enjeu explique en partie la virulence de certains pays arabes du Golfe, comme l'Arabie saoudite, à l'égard de Damas.

Rivaux de l'Iran dont ils redoutent l'hégémonie, ces pays "voient que la Syrie est désormais le maillon faible dans la sphère d'influence iranienne, et veulent donc remplacer Assad par un régime sunnite" qui romprait les liens privilégiés entre Damas et Téhéran, explique-t-il.

"L'Iran s'inquiète de ce qui pourrait se passer si le régime alaouite pro-iranien était remplacé par un gouvernement dominé par les Frères musulmans" syriens, très virulents contre l'aide apportée par Téhéran, confirme un diplomate occidental sous couvert d'anonymat.

Certains observateurs n'excluent toutefois pas que Téhéran puisse se rallier à un scénario qui verrait le départ de M. Assad. "L'Iran soutient moins Assad que le régime syrien, même si les liens entre la famille Assad et la révolution iranienne sont anciens", estime Saleh Sedghian, qui dirige le Centre arabe d'études iraniennes à Téhéran.

L'Iran serait prêt à accepter tout nouveau dirigeant pourvu qu'il "maintienne une politique basée sur le soutien au Hezbollah et au Hamas et sur l'opposition à Israël", ajoute-t-il.

En attendant, certains analystes redoutent que le soutien obstiné de Téhéran au régime de Damas ne transforme la crise syrienne, qui a pris la dimension d'une véritable guerre civile, en un affrontement militaire par procuration entre l'Iran et ses adversaires occidentaux et arabes.

"Le risque est réel", estime un diplomate occidental sous couvert d'anonymat.

Téhéran accuse régulièrement l'Arabie saoudite, le Qatar et les Etats-Unis d'envoyer armes et combattants en Syrie, tandis qu'Israël et les Etats-Unis affirment que l'Iran fournit équipements et conseillers militaires à Damas.

Malgré les démentis de Téhéran, "il est hautement probable que le soutien iranien va au-delà de la dimension financière et inclut une aide militaire, même si son ampleur est difficile à apprécier", estime Dina Esfandiary, expert de l'Iran à l'Institut international d'études stratégiques (IISS) à Londres.

Alireza Nader relève qu'un responsable des Gardiens de la Révolution, cité par une agence iranienne, a récemment reconnu la présence en Syrie d'éléments de cette garde prétorienne du régime iranien, même si Téhéran a apporté un démenti quasi-immédiat.

Mais selon plusieurs diplomates et experts, ce soutien inconditionnel de l'Iran à Damas ne fait pas l'unanimité au sein du régime iranien, où certains responsables l'estiment risqué.

"Il y a des gens au gouvernement iranien qui réalisent que Téhéran pourrait tout perdre: si Assad tombe, l'Iran se retrouvera sans influence en Syrie", souligne M. Nader.

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