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L'Egypte aux urnes pour élire un président islamiste ou de l'ère Moubarak

13/06/2012 06:54 EDT | Actualisé 13/08/2012 05:12 EDT

Les Egyptiens se rendent aux urnes samedi et dimanche pour élire leur futur président dans un second tour opposant le Frère musulman Mohammed Morsi à Ahmad Chafiq, dernier Premier ministre de Hosni Moubarak, le raïs emporté par le Printemps arabe.

M. Morsi, qui a obtenu 24,7% des voix au premier tour, bénéficie du solide soutien du réseau des Frères musulmans, mais certains s'inquiètent de voir la confrérie, qui domine déjà le Parlement, s'arroger la présidence.

Cet ingénieur de 60 ans, diplômé d'une université américaine a multiplié les assurances pour tenter de séduire au delà de l'électorat islamiste, promettant de préserver les acquis de la "révolution", de ne pas forcer les femmes à porter le voile ou de garantir les droits de la minorité chrétienne.

Face à lui, Ahmad Chafiq, dernier chef de gouvernement de Hosni Moubarak, n'a pas ménagé ses attaques contre le "danger islamiste".

La victoire d'un islamiste à la présidentielle mettrait "la nation en danger", a-t-il lancé dès l'annonce des résultats du premier tour, où il a obtenu 23,6% des voix.

Les derniers jours de la campagne, il a accusé la puissante confrérie d'avoir organisé les violences lors du soulèvement contre le régime début 2011, ou être à l'origine de l'attaque contre son QG de campagne fin mai au Caire.

Dans un récent entretien à l'AFP, il a estimé que les électeurs avaient fait "une erreur" cet hiver en faisant des Frères musulmans la principale force du Parlement.

L'ancien Premier ministre de M. Moubarak, âgé de 70 ans, doit toutefois attendre jeudi la décision de la Haute cour constitutionnelle, appelée à statuer sur une loi interdisant aux plus hauts responsables de l'ancien régime de se présenter à la présidentielle.

Le duel Morsi-Chafiq "est le pire des scénarios possibles. Si Chafiq est élu, cela veut dire que la révolution a avorté. Si c'est Morsi, cela veut dire que le pays sera gouverné suivant le programme des Frères, qui est rejeté par la majorité des Egyptiens", a estimé à l'AFP Hassan Nafaa, un commentateur politique.

"Il ne faut pas oublier qu'au premier tour, la majorité du pays n'a voté ni pour Morsi ni pour Chafiq", a-t-il ajouté.

Face à ce dilemme, des militants pro-démocratie ont commencé à mobiliser en appelant les 50 millions d'électeurs à s'abstenir ou à voter blanc.

Pays le plus peuplé du monde arabe avec 82 millions d'habitants, l'Egypte a été, après la Tunisie, le deuxième Etat de la région à voir son président tomber l'an dernier sous la pression d'une révolte populaire, puis condamné le 2 juin à la prison à vie pour sa responsabilité dans la répression de la révolte.

L'état de santé de M. Moubarak, 84 ans, incarcéré dans une prison du Caire, pèse sur cette présidentielle et sur le climat politique en général. Plusieurs sources font état d'une sérieuse dégradation de sa santé depuis sa condamnation.

Outre le Parlement et le Sénat, les islamistes dominent la commission chargée d'élaborer une nouvelle Constitution, ont indiqué mercredi les médias, après l'élection mardi des membres de cette instance.

L'absence d'une loi fondamentale --la Constitution en vigueur sous M. Moubarak ayant été suspendue-- fait que les pouvoirs du prochain président, qui sera élu pour quatre ans, restent imprécis.

L'armée égyptienne, au pouvoir depuis la chute du régime et qui a promis la remise du pouvoir à un président élu d'ici la fin juin, a affiché sa neutralité dans le scrutin. Elle a mobilisé 150.000 soldats pour prévenir toute violence et assurer la sécurité de l'élection.

hj-jaz/vl

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