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Le Golfe commence à se tourner vers le soleil

13/06/2012 02:57 EDT | Actualisé 12/08/2012 05:12 EDT

Après avoir longtemps brûlé des combustibles fossiles pour bâtir leurs villes dans le désert, certains pays pétroliers et gaziers du Golfe commencent à se tourner vers l'énergie solaire.

D'ambitieux projets dans une région où l'ensoleillement est quasi-permanent ont été annoncés par l'Arabie saoudite, le Qatar et les Emirats arabes unis.

Des rencontres internationales sont organisées sur ce thème tandis qu'instituts de recherche et entreprises spécialisées dans les énergies renouvelables commencent à voir le jour.

Plus significatif, les décideurs commencent à prendre conscience de l'importance que peut revêtir pour l'avenir cette énergie renouvelable.

L'intérêt peut être aussi économique, souligne Adnan Amin, directeur général de l'Institut international pour les énergies renouvelables (Irena), basé à Abou Dhabi. "Il est plus coûteux de subventionner les produits pétroliers que d'investir dans les énergies renouvelables".

Les pays pétroliers du Golfe sont encore loin derrière le reste du monde en matière de protection de l'environnement et du recours aux énergies propres, mais il y a une tendance à l'évolution.

Le Golfe est susceptible de devenir la région où "l'investissement dans les énergies renouvelables augmente le plus rapidement", affirme M. Amin, estimant que le fait de baser Irena aux Emirats, 3e au monde pour les émissions de carbone par tête d'habitant, trouve ainsi sa justification.

Les Emirats se voient déjà, selon lui, comme un pays soucieux des "économies d'énergie", qui va "investir massivement et faire avancer la cause des énergies renouvelables".

La fierté des Emirats est la ville Masdar City conçue pour avoir l'empreinte carbone la plus faible possible avec ses voitures électriques, des lampadaires et une climatisation alimentés par une centrale solaire de 10 mégawatts.

Toujours dans sa phase initiale, la ville ne se compose encore que de quelques bâtiments et abrite Masdar Institute, un programme de recherche postuniversitaire sur les énergies propres.

Les bâtiments sont conçus pour laisser entrer le soleil, mais chasser la chaleur. La température dans les allées entre les bâtiments est inférieure de 10 à 15 degrés à celles d'Abou Dhabi, à quelques kilomètres de là.

"De l'architecture à la gestion des déchets, ces aspects sont devenus une réalité de la ville du futur", a déclaré le directeur de Masdar, Bader Lamki.

Selon lui, les nouvelles normes de construction à Abou Dhabi et Dubaï exigent moins de consommation d'énergie et les pouvoirs publics effectuent des audits énergétiques sur les bâtiments existants.

Masdar est sur le point d'achever l'une des plus grandes centrales solaires du monde au sud d'Abou Dhabi. Shams 1, un joint-venture avec l'Espagne Abengoa Solar et le français Total qui doit être achevée d'ici à la fin de l'année.

Elle s'étend sur une surface de 2,5 km2 et aura une capacité de 100 mégawatts. Selon Lamki, elle réduira d'environ 175.000 tonnes les émissions de CO2 chaque année. Cela équivaut, selon lui, à retirer "15.000 voitures de la circulation ou à planter 1,5 million d'arbres".

L'objectif d'Abou Dhabi est d'avoir 7% de son énergie produite en 2020 par les sources renouvelables. Celui de Dubaï est de 5% en 2030.

En janvier, Dubaï a annoncé des plans pour une centrale solaire de 1.000 mégawatts. La première phase du Parc solaire Mohammad ben Rached Al-Maktoum de 10 mégawatts sera achevée en 2013.

"Oui, nous construisons des villes dans le désert et nous travaillons à la construction de villes durables", a déclaré Mohammed Issa Abuchahab, chef de la Division climat aux Affaires étrangères émiraties.

En Arabie saoudite, qui a les premières réserves pétrolières du monde, la cité du roi Abdallah pour l'énargie atomique et renouvelable ambitionne de se doter dans les deux prochaines décennies d'une capacité de production d'énergie solaire de 41 gigawatts.

Le Qatar, champion du monde d'émission de C02 par tête d'habitant et l'une des principales puissances gazières du monde, a des plans pour climatiser à l'énergie solaire les stades devant accueillir le Mondial 2022 de football.

Le directeur de l'énergie propre à Greenpeace, Teske Sven, décrit le bloc du Golfe comme le "géant endormi" de l'énergie renouvelable.

La région pourrait être "un énorme marché et un grand centre de l'énergie solaire et éolienne", dit-il. "Nous voyons beaucoup de conférences, un grand nombre d'annonces mais peu d'action. Mais il y a une reconnaissance et une compréhension et il est temps d'agir".

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