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Égypte: les pouvoirs de la police militaire élargis à l'approche du second tour

13/06/2012 05:39 EDT | Actualisé 13/08/2012 05:12 EDT

LE CAIRE, Égypte - Le ministère égyptien de la Justice a élargi mercredi les pouvoirs de la police militaire et des agents du renseignement afin de leur donner le droit d'arrêter des civils pour toute une série d'infractions, quelques jours avant le second tour de l'élection présidentielle.

Un avocat des droits de la personne bien connu en Égypte, Gamal Eid, et d'autres militants ont estimé que cette décision revenait à rétablir l'état d'urgence levé en mai, 31 ans après sa mise en application. Selon eux, cette décision est une preuve que les militaires veulent prolonger leur emprise sur le pouvoir après avoir remis les commandes du pays à un président civil élu d'ici la fin du mois.

Le général Adel el-Morsi, chef de la justice militaire, a expliqué que la décision du ministère de la Justice fournissait une «couverture juridique» à la présence des militaires dans les rues, 16 mois après leur déploiement durant le soulèvement populaire.

«Il y a un besoin de mettre en place une loi pour réguler la présence des troupes de l'armée (...) afin de leur permettre de sécuriser l'élection présidentielle et de mener des opérations de sécurité pour arrêter des fugitifs et des hors-la-loi», a déclaré le général au quotidien «Al-Ahram».

Cette déclaration laisse penser que les militaires s'inquiètent de nouveaux troubles dans le pays si l'ancien premier ministre de l'ex-président Moubarak, Ahmed Shafiq, est élu au second tour de samedi et dimanche. M. Shafiq affrontera le candidat des Frères musulmans, Mohammed Morsi.

Les militaires ont promis de remettre le pouvoir à un gouvernement civil une fois qu'un président aura été élu démocratiquement. Mais même après le transfert du pouvoir, l'armée semble résolue à protéger ses positions, et notamment ses importants intérêts économiques.

Dans une déclaration commune, 16 groupes de défense des droits de la personne ont affirmé que la décision «doublait les doutes» au sujet de la promesse des militaires de remettre le pouvoir aux civils. Selon les militants, la décision renforce la suspicion selon laquelle «le transfert du pouvoir ne sera que simulé» et qu'il «n'empêchera pas les militaires de garder un rôle majeur dans la vie politique».

Des responsables militaires ont indiqué que les pouvoirs d'arrestation conférés à l'armée et aux agents du renseignement étaient une mesure temporaire destiné à combler le vide dans les services de sécurité apparu lors du soulèvement populaire. Les policiers sont disparus des rues quand des milliers d'Égyptiens ont commencé à ventiler leur colère envers les forces de sécurité l'an dernier.

«La force policière n'a pas été totalement rétablie et la sécurité n'est pas encore de retour», a affirmé un ancien procureur militaire, Sayyed Hashim, lors d'une entrevue télévisée.

La mesure annoncée mercredi couvre au moins 11 infractions ou crimes, dont plusieurs sont liés au droit de manifester. Les citoyens peuvent notamment être arrêtés pour avoir résisté aux autorités, bloqué la circulation, endommagé des édifices publics ou porté atteinte à la sécurité du gouvernement.

Les nouveaux pouvoirs d'arrestation seront en vigueur jusqu'à l'adoption d'une nouvelle Constitution, ce qui pourrait prendre du temps compte tenu des nombreuses embûches qui ont déjà retardé le processus.

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