NOUVELLES

CPI: Fatou Bensouda, "fière de travailler pour les victimes d'Afrique"

13/06/2012 03:03 EDT | Actualisé 12/08/2012 05:12 EDT

Jusqu'ici dans l'ombre d'un procureur très médiatique auquel elle succèdera vendredi, la Gambienne Fatou Bensouda, 50 ans, se dit "fière de travailler pour les victimes d'Afrique", dont elle poursuit les bourreaux au nom de la Cour pénale internationale (CPI).

"Je ne pense pas aux dirigeants que nous poursuivons", assure Fatou Bensouda, procureur adjoint de la CPI depuis 2004, dans un entretien à l'AFP : "je travaille pour les victimes d'Afrique, elles sont africaines comme moi, voilà d'où je tire ma fierté et mon inspiration".

Le président du Soudan Omar el-Béchir, l'ancien président de Côte d'Ivoire Laurent Gbagbo, l'ancien vice-président de la République démocratique du Congo (RDC) Jean-Pierre Bemba... ils sont une vingtaine à être soupçonnés ou poursuivis par la Cour pour génocide, crimes contre l'humanité ou crimes de guerre. Tous africains, comme elle.

Fatou Bensouda a découvert les crimes de masse à Kigali où elle travaille à partir de 2002 pour le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), basé à Arusha (Tanzanie), jusqu'à son départ pour La Haye.

Dans la capitale rwandaise, sur le terrain avec les enquêteurs, elle interroge les témoins du génocide qui a fait 800.000 morts en 1994. "Vous essayez juste de comprendre comment cela a pu se produire, à une échelle pareille, vous faites beaucoup d'introspection".

Fille d'un fonctionnaire et d'une mère au foyer, Fatou Bensouda a grandi à Banjul, la capitale de la Gambie, pays anglophone de 1,75 million d'habitants enclavé dans le Sénégal.

Combien de frères et soeurs a-t-elle? "J'ai une grande famille", répond en riant cette musulmane pratiquante avant d'expliquer : "mon père est polygame".

Grâce à une bourse de son pays, elle part étudier le droit à Lagos, au Nigeria. A son retour, elle entre en 1987 au ministère gambien de la Justice comme substitut. Elle gravira tous les échelons jusqu'à devenir en 1998 procureur général et ministre de la Justice.

Elle ouvre ensuite son propre cabinet d'avocat avant d'accepter le poste de directeur général que lui propose un de ses clients, une banque. Elle n'y restera que quelque mois. "Ce n'était pas mon truc, le tribunal me manquait". Elle part alors pour le Rwanda.

"Aussi longtemps que je me souvienne, c'est quelque chose que je voulais faire : je voulais que justice soit rendue", dit cette femme élégante aux cehveux coiffés en tresses africaines.

Mère de deux fils, installés aux Etats-Unis et Banjul, elle vit à La Haye avec son mari, homme d'affaires. Elle a adopté Saddy, 27 ans, la fille de sa soeur, étudiante en droit. "Elle me prend pour son modèle", sourit Fatou Bensouda.

Elle dirige depuis 2004 la division des poursuites du bureau du procureur de la CPI. A ce titre, elle prend la parole aux audiences, supervise le travail de ses équipes avant et durant les procès.

Et elle voyage, dans tous les pays où la Cour mène des enquêtes ou menace d'en mener. Darfour, Guinée, Ouganda, République démocratique du Congo... Elle assure s'y rendre "toujours la première", "pour ouvrir des portes et voir comment enquêter".

mlm/ndy/jlb

PLUS:afp