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CPI : 30 ans de prison requis contre l'ex-chef de milice congolais Lubanga

13/06/2012 08:29 EDT | Actualisé 13/08/2012 05:12 EDT

Le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) a requis mercredi 30 ans de prison contre l'ex-chef de milice de la République démocratique du Congo (RDC) Thomas Lubanga, reconnu coupable le 14 mars d'avoir utilisé des enfants soldats dans la guerre en Ituri en 2002 et 2003.

"L'accusation requiert de la part de la chambre qu'elle impose une peine de 30 ans de prison", a déclaré le procureur argentin Luis Moreno-Ocampo au cours d'une audience publique à La Haye, où siège la CPI. "Nous appelons à une peine sévère".

Le procureur a requis la peine maximale encourue par M. Lubanga, sauf si les juges estiment que les crimes commis étaient d'une "extrême gravité". Ils peuvent alors prononcer une peine de réclusion à perpétuité.

Prenant la parole à la fin de l'audience, Thomas Lubanga, en costume noir, chemise blanche et cravate bleue, a assuré s'être opposé à l'enrôlement et la conscription d'enfants soldats, âgés de moins de quinze ans, lors de la guerre civile en Ituri (nord-est de la RDC), crimes de guerre dont il avait été reconnu coupable par la CPI le 14 mars.

Reconnaissant que "nul ne peut affirmer qu'aucun enfant de moins de quinze ans ne s'est retrouvé parmi les militaires", il a soutenu : "jamais je n'ai accepté ou toléré que de tels enrôlements aient lieu".

Appelant les juges à "une extrême prudence" au moment de déterminer la peine de M. Lubanga, 51 ans, Jean-Marie Biju Duval, un des avocats de l'ancien chef de milice, a assuré que son client avait toujours eu la volonté de "mettre fin aux crimes qui ensanglantaient l'Ituri".

L'audience de mercredi était destinée à entendre les opinions des parties au sujet de la peine qui doit être prononcée à l'encontre de Thomas Lubanga, à une date qui n'a pas encore été fixée.

"L'accusation requiert une peine au nom de chacun des enfants recrutés, au nom de la région de l'Ituri", a lancé aux juges le procureur Moreno-Ocampo, soulignant que "les enfants sont particulièrement vulnérables".

"Les enfants ont été entraînés à tuer et à violer", a-t-il poursuivi. "Voilà l'éducation qu'il (Thomas Lubanga, ndlr) a fourni à ces enfants!"

Un des représentants légaux des 123 victimes autorisés à participer à la procédure, Luc Walleyn, a de son côté demandé aux juges que "la gravité des faits qu'ils (les enfants soldats, ndlr) ont subis soit reconnue".

Ecroué à La Haye depuis 2006, le fondateur de l'Union des patriotes congolais (UPC) et ex-commandant des Forces patriotiques pour la libération du Congo (FPLC), la branche militaire de l'UPC, plaidait non coupable.

Le procès de Thomas Lubanga, le premier de la CPI, s'était ouvert le 26 janvier 2009 et s'était achevé le 26 août 2011.

Les affrontements interethniques et les violences entre milices pour le contrôle des mines d'or et d'autres ressources naturelles dans cette région du nord-est de la RDC ont provoqué la mort de 60.000 personnes depuis 1999, selon des ONG humanitaires.

Les juges de la CPI avaient autorisé la défense à appeler deux témoins mercredi matin car ces témoignages avaient "un intérêt potentiel en vue de déterminer les circonstances aggravantes et atténuantes pertinentes pour déterminer la peine".

Le premier des deux témoins, un Congolaise de 37 ans affirmant avoir travaillé à partir de 2002 pour l'UPC en tant que chargée de protocole, avait affirmé devant la Cour, via vidéoconférence depuis Bunia (est de la RDC), que le "souci capital" de M. Lubanga avait été de pacifier l'Ituri.

Le co-accusé de Thomas Lubanga, Bosco Ntaganda, ancien chef adjoint de l'état-major des FPLC, fait l'objet d'un mandat d'arrêt de la CPI depuis 2006 pour les mêmes crimes de guerre que Thomas Lubanga. Toujours en liberté, il est désormais général dans l'armée congolaise.

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