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Apaisement des tensions et pénurie de nourriture dans l'ouest de la Birmanie

13/06/2012 05:05 EDT | Actualisé 13/08/2012 05:12 EDT

SITTWE, Myanmar - Les fortes pluies tombées mercredi dans l'ouest de la Birmanie ont contribué à apaiser les tensions après cinq jours d'affrontements intercommunautaires, mais les résidants ont encore trop peur pour dormir et sont confrontés à des pénuries alimentaires.

Le conflit dans l'État Rakhine, qui oppose les bouddhistes de l'ethnie rakhine à la communauté musulmane rohingya, a fait au moins 21 morts et détruit plus de 1600 maisons, la plupart incendiées. Il s'agit des pires affrontements intercommunautaires en Birmanie depuis plusieurs années.

Un journaliste de l'Associated Press présent à Sittwe, capitale de l'État Rakhine, a confirmé que la situation était calme mercredi et qu'il n'y avait pas de signes d'incendies contrairement aux jours précédents. Certains incendies ont été maîtrisés seulement grâce à l'arrivée de la pluie.

Les informations présentées mercredi à la télévision publique birmane ne rapportaient pas de nouvelles violences et mettaient l'accent sur la façon dont les militaires rétablissent l'ordre et apportent des secours à la population.

À Sittwe, des soldats et des policiers ont averti les citoyens par haut-parleurs qu'ils devaient se conformer à l'état d'urgence en vigueur, qui donne à l'armée la pleine autorité sur les services administratifs et de sécurité dans l'État. Les autres mesures comprennent notamment un couvre-feu de 18 h à 6 h et l'interdiction de tenir des réunions publiques de plus de cinq personnes.

Les craintes de nouvelles violences ont provoqué la suspension des livraisons de nourriture et d'autres marchandises en provenance de Rangoon, la capitale économique du pays, faisant exploser les prix des marchandises disponibles. Les magasins, les écoles, les banques et les marchés étaient fermés mercredi.

Le président Thein Sein a prévenu que cette explosion de violence pourrait menacer les réformes démocratiques lancées pour transformer le pays après un long régime militaire.

Le conseiller spécial de l'ONU en Birmanie, Vijay Nambiar, s'est rendu à Sittwe mercredi en compagnie de responsables gouvernementaux. Il a aussi visité Maungdaw, une ville du nord de l'État également touchée par les violences.

Les entreprises de transport de marchandises qui desservent la région reprendront leurs opérations quand la sécurité sera rétablie, a déclaré un responsable du service de traversiers Shwe Pyi Thit sous le couvert de l'anonymat.

Le transport de marchandises par la route a cessé il y a quelques jours compte tenu de la situation.

«La nourriture commence à être rare et les prix sont élevés», a déclaré une résidante de Sittwe, Khin Thazin. Elle a expliqué que le principal marché de la ville était fermé et qu'il y avait quelques vendeurs dans la rue le matin, mais ils n'ont pas assez de marchandises pour répondre à la demande. «Tout s'est vendu en une heure», a-t-elle affirmé.

Un autre résidant de la ville joint par téléphone, San Shwe, pense que le calme entraîné par les fortes pluies de mercredi ne durera pas.

«C'est calme ici ce matin, mais les choses ne sont pas revenues à la normale. Nous vivons dans la peur nuit et jour», a-t-il affirmé. Il a rapporté des rumeurs non confirmées qui circulent dans la ville, selon lesquelles les autorités auraient saisi des armes dans une cache appartenant à des musulmans.

Les affrontements ont commencé vendredi dans la foulée du viol et du meurtre d'une jeune femme bouddhiste imputé à trois musulmans, puis du lynchage de dix musulmans dans ce qui apparaît comme un acte de représailles. Mais les tensions existent depuis longtemps entre ces deux groupes ethniques et religieux.

Le gouvernement birman considère les Rohingyas comme des immigrés clandestins originaires du Bangladesh et leur refuse la nationalité birmane, ce qui fait d'eux des apatrides. Pourtant, la plupart d'entre eux vivent en Birmanie depuis des générations. Ils subissent de graves discriminations, selon les organisations de défense des droits de la personne.

Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés estime que quelque 800 000 Rohingyas vivent dans l'État Rakhine.

Les violences ont provoqué la fuite de milliers de musulmans de la région. Environ 1500 Rohingyas arrivés en bateau ont été refoulés par les autorités du Bangladesh depuis le week-end dernier. Le Bangladesh a expliqué avoir refoulé les réfugiés parce que les ressources du pays sont déjà trop limitées pour sa population.

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