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Yalda Machouf-Khadir, fille du député Amir Khadir, est remise en liberté sous caution

12/06/2012 10:12 EDT | Actualisé 12/08/2012 05:12 EDT

MONTRÉAL - Yalda Machouf-Khadir, la fille du député de Québec solidaire Amir Khadir, a été remise en liberté sous caution, mardi matin, au palais de justice de Montréal.

La jeune femme de 19 ans avait été arrêtée la semaine dernière au domicile de ses parents relativement à une série de délits commis lors de manifestations et divers gestes de perturbations survenus à Montréal. Arrêtée jeudi dernier, Yalda Machouf-Khadir était détenue depuis.

La juge Hélène Morin, qui a permis la remise en liberté de la jeune militante, lui a toutefois imposé de verser une caution de 2000 $, assortie d'un engagement de son entourage à verser une somme supplémentaire de 10 000 $ en cas de violation des conditions.

Dans le résumé de la preuve cité par la juge Morin, le prélèvement d'une empreinte digitale de Yalda Machouf-Khadir permettrait de relier la jeune femme au saccage du bureau de l'ancienne ministre de l'Éducation Line Beauchamp, et celui commis à l’Université de Montréal, où les dommages sont évalués à environ 50 000 $.

Parmi ses conditions de remise en liberté, l'accusée devra notamment se rapporter à la police le premier lundi de chaque mois et signer un registre. Il lui est interdit de fréquenter le parc Émilie-Gamelin, lieu de départ de la plupart des manifestations étudiantes, et de se tenir à moins de 300 mètres d'une institution d'enseignement collégial ou universitaire.

Elle pourra prendre part à des manifestations en autant qu'elles soient paisibles et légales, mais ne pourra avoir en sa possession tout sac à dos ou matériel pouvant constituer une arme quelconque. Elle ne pourra non plus altérer son image ou se déguiser pour prendre part à une action.

Yalda Machouf-Khadir devra également demeurer chez ses parents à Montréal, ou au domicile de ses grands-parents à Pierrefonds (maternel) ou Saint-Lambert (paternel). Elle devra également respecter un couvre-feu.

Également arrêtée en lien avec le blocus du pont Jacques-Cartier, la cour lui impose aussi de se tenir à l'écart de cet axe de circulation névralgique.

Un autre militant, Zachary Daoust, se trouvait à ses côtés dans le box des accusés. Outre des participations dans des manifestations illégales, il est aussi accusé de voies de fait sur un policier. Il a pu lui aussi être remis en liberté contre une caution de 2000 $, et à l'instar de Mme Machouf-Khadir, il devra fournir un engagement de 10 000 $ d'une tierce partie.

Ils seront tous les deux de retour au tribunal le 20 juillet.

Peu de risques de récidive

La Couronne s’était objectée à la remise en liberté des deux accusés, faisant valoir que Mme Machouf-Khadir avait participé à plusieurs événements, qu'il y a eu des bris de conditions chez les deux accusés, que la sécurité pourrait être en cause, et que la confiance envers le système de justice devait être maintenue.

La juge Morin estime qu'en resserrant les conditions et en rehaussant les garanties financières, le risque de voir les deux jeunes accusés récidiver dans un proche avenir est considérablement amoindri.

«Ce sont des conditions très sévères. Je ne pense pas que nous reverrons ces gens devant la cour avec de nouveaux dossiers», a indiqué Me Denis Poitras, avocat de la défense.

Dans son analyse du dossier, la juge Morin a examiné la gravité des charges qui pèsent contre les accusés, notamment contre Mme Machouf-Khadir.

Lors de la perquisition effectuée la semaine dernière, les policiers ont pu saisir des documents portant sur des tactiques d'intimidation et fabrication de «bombes de peinture». Ils ont aussi pu mettre la main sur une liste de numéros formant une chaîne téléphonique. La juge a aussi retenu que Yalda Machouf-Khadir a fait savoir de manière brutale à une photographe de presse qu'elle n'appréciait pas sa présence ou son travail lors d'une comparution antérieure, d'où une accusation de voies de fait.

La juge Morin a également cité l'arrêt Hall, qui permet la détention si la cour se dit convaincue que l'accusé commettra une infraction criminelle ou nuira à l'administration de la justice, ou si la confiance du public dans l'administration de la justice risque d'être minée. Toutefois, en imposant de sévères conditions de remise en liberté, la juge Morin estime avoir tout mis en oeuvre pour éviter ces scénarios.

Elle a également fait preuve d'une certaine indulgence, situant les causes dans un contexte social particulier. «Les événements s'inscrivent dans un mouvement qui divise le Québec actuellement», a nuancé la magistrate.

La Couronne a pris acte de la décision de la cour et n'a pas cherché à forcer une détention. La procureure Rachelle Pitre a semblé satisfaite au terme des procédures. «Tout ce que l'on souhaite, c'est que les accusés prennent conscience qu'ils ont des conditions à respecter et qu'ils ont compris le message», a résumé Me Pitre.

Yalda Machouf-Khadir avait fait une entrée discrète dans la salle d'audience, affichant un léger rictus, avant de s'asseoir en silence. Sa mère, Nima Machouf, sa grand-mère et une de ses soeurs étaient présentes et espéraient évidemment une remise en liberté. Même si les conditions sont importantes, Mme Machouf est surtout soulagée de voir sa fille rentrer à la maison.

«Nous sommes très contents qu'elle soit libérée et nous avons hâte de la voir», a-t-elle indiqué à la sortie de la salle d'audience.

Elaheh Machouf, la grand-mère de Yalda, portait le carré rouge. Émue et tremblante, elle a souligné elle aussi que les charges qui pèsent contre sa petite-fille sont considérables.

«Je suis sûre que ça va bien se passer. Je suis très consciente, mais beaucoup de jeunes — et moi aussi — avons passé par cette période de la jeunesse», a-t-elle confié, tout en ajoutant qu'elle porte le carré rouge par convictions: contre la Loi 78 et contre la hausse des droits de scolarité.

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