NOUVELLES

Violent pilonnage de la ville syrienne de Haffé, appel de l'ONU à y accéder

12/06/2012 07:20 EDT | Actualisé 12/08/2012 05:12 EDT

L'armée syrienne bombardait violemment mardi la ville rebelle assiégée de Haffé au lendemain d'un appel de l'ONU à y accéder de crainte d'un nouveau massacre, selon des militants.

Ces derniers jours, les forces syriennes, appuyées par des chars et des hélicoptères, ont intensifié leurs bombardements des bastions rebelles dans l'est, le nord-ouest et le centre du pays y tuant près de 300 personnes depuis samedi, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

L'ONU a dénoncé le gouvernement syrien comme l'un des pires sur sa liste annuelle "de la honte" de pays en conflit où les enfants sont tués, torturés et forcés à combattre, accusant l'armée syrienne d'utiliser les enfants comme "boucliers humains" dans sa guerre contre l'insurrection.

Pour le huitième jour consécutif et malgré les profondes inquiétudes exprimées par l'ONU et les Etats-Unis, les troupes du régime ont repris leur bombardement de Haffé dans la province de Lattaquié (nord-ouest), selon l'OSDH.

"Les forces du régime envoient des renforts et se préparent à attaquer Haffé", a déclaré le chef de cette ONG, Rami Abdel Rahmane, ajoutant que des centaines de rebelles de l'Armée syrienne libre (ASL) défendaient cette localité proche de Qardaha, ville natale du président Bachar al-Assad.

Selon une militante sur place, "les chars de l'armée sont aux portes de la ville" désertée par la majorité de ses 30.000 habitants.

Des militants ont dit craindre un massacre si les troupes du régime parviennent à entrer dans Haffé.

Washington s'est aussi dit inquiet que le régime ne prépare un nouveau massacre à Haffé, après ceux de Houla et Al-Koubeir imputés au pouvoir.

L'émissaire international Kofi Annan, architecte d'un plan de paix resté lettre morte, et le patron de l'ONU Ban Ki-moon ont réclamé un accès "libre" à la ville pour les observateurs de l'ONU déployés en Syrie pour surveiller une trêve non existante.

M. Annan s'est dit "particulièrement inquiet des informations faisant état de l'usage de mortiers, de chars et d'hélicoptères à Haffé".

L'escalade de la violence "est totalement inacceptable, elle doit cesser, et c'est pourquoi Kofi Annan a demandé à tous les gouvernements influents d'augmenter leur pression et de tordre le bras de tous les protagonistes pour y arriver", en premier lieu le régime, a dit son porte-parole.

Il a dans ce contexte espéré la tenue "bientôt" d'une réunion d'un groupe de contact sur la Syrie dont la liste des participants reste à déterminer.

Pour M. Ban, il y a une "dangereuse intensification" du conflit en Syrie, où 111 personnes ont été tuées lundi dont 79 civils selon l'OSDH.

Mardi encore, 15 civils ont été tués dans les violences. Dans la province de Deir Ezzor (est), dix civils ont péri dans le bombardement du quartier d'Al-Jbeiblé et les forces armées ont pris d'assaut la localité d'Achara.

Dans la province de Homs (centre), deux civils ont été tués dans des bombardements à Rastane et Khaldiyé et trois autres ont péri dans la région de Qousseir, selon l'ONG.

Dans la province d'Alep (nord), Hreitane était la cible d'un violent bombardement après des combats entre soldats et rebelles aux portes de cette localité d'où les habitants prennent la fuite, selon des militants.

Dans un rapport, l'ONU a affirmé que des enfants en Syrie, à partir de neuf ans, ont été victimes d'assassinat, de mutilations, d'arrestations arbitraires, d'emprisonnement, de torture et mauvais traitements, y compris des violences sexuelles.

"J'ai rarement vu autant de brutalités contre les enfants qu'en Syrie, où les filles et les garçons sont emprisonnés, torturés, exécutés et utilisés comme boucliers humains" dans leur guerre contre les rebelles, a dit Radhika Coomaraswamy, représentante de l'ONU pour les enfants dans les conflits armés.

Selon Human Rights Watch, au moins 1.176 enfants ont été tués depuis le début de la révolte en Syrie déclenchée le 15 mars 2011 par des manifestations pacifiques mais qui s'est militarisée face à la répression.

Et selon l'OSDH, plus de 14.100 personnes ont péri depuis cette même date.

Le Conseil national syrien (CNS), principale coalition de l'opposition, a accusé le régime de se livrer à une escalade en profitant de la "faiblesse" de la communauté internationale minée par ses divisions.

Il a appelé à des manifestations mercredi à 13H00 GMT devant les ambassades et représentations russes dans le monde pour protester contre le soutien de Moscou au "régime assassin en Syrie".

Le même jour, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov est attendu en Iran, un autre allié des autorités syriennes accusé de leur fournir armes et expertise pour la répression.

La Russie a proposé la tenue d'une conférence internationale pour tenter de sauver le plan Annan, incluant l'Iran, mais les Occidentaux ont exprimé de profondes réserves.

bur-tp/feb

PLUS:afp