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Une conférence au Maroc pour abroger la loi pénalisant l'avortement

12/06/2012 08:39 EDT | Actualisé 12/08/2012 05:12 EDT

Les participants à une conférence sur l'avortement clandestin au Maroc ont appelé mardi à une réforme rapide de la loi qui interdit cette pratique concernant un demi-millier de femmes au quotidien.

"L'avortement clandestin est un sujet tabou mais brûlant d'actualité, une véritable tragédie dont sont victimes chaque jour entre 400 et 600 femmes", a déclaré le professeur Chafik Chraibi, président l'Association marocaine de la lutte contre l'avortement clandestin (AMLAC) à l'origine de cette réunion.

A l'ouverture des débats, le gynécologue a plaidé pour une nouvelle mobilisation afin de réviser la législation qui pénalise l'interruption de grossesse, "à la lumière de la réalité quotidienne de la femme marocaine".

"L'AMLAC n'entend pas encourager l'avortement mais veut qu'il se fasse dans de bonnes conditions, et en évitant au maximum les grossesses non désirées, sources de beaucoup de maux" pour la société, a dit M Chraibi.

"Dans un Maroc en pleine mutation", la loi en vigueur est en inadéquation totale avec la réalité du pays et il est nécessaire d'élaborer une proposition de loi concrète" sur le sujet, a-t-il souligné.

Des médecins, des acteurs de la société civile et des députés participaient à cette conférence, mais le Parti justice et développement (PJD, islamiste), au pouvoir, était notoirement absent durant la séance de la matinée.

"On estime à 600 le nombre d'avortements quotidiens pratiqués par des médecins, et quelque 200 les avortements non médicaux", a rappelé le médecin, tout en mettant en exergue les risques encourus par les femmes, notamment celles appartenant aux catégories défavorisées.

La vice-présidente du parlement Khadija Rouissi (militante des droits de l'homme et membre de l'opposition), interrogée par l'AFP, a critiqué une "politique de l'autruche" à propos de l'absence de ministres et de députés du PJD, en particulier la ministre de la Femme et du développement social Basima Hakkaoui.

"On doit transférer ce débat au parlement. Comment peut-on ainsi ignorer la réalité ?", s'est-elle interrogée, critiquant les positions conservatrices de la ministre islamiste qui préconise des débats de société, voire un référendum sur ces sujets.

"L'avortement est la quatrième cause de mortalité de la femme et cette question constitue un sujet de santé publique majeur" au Maroc, a convenu le Dr Alaoui Belghiti, représentant le ministre de la Santé.

"La pénalisation de l'avortement n'empêche pas la montée en puissance de cette pratique qui peut conduire à la mort", a pour sa part indiqué Driss El Yazami, président du Conseil national des droits de l'homme (CNDh, officiel).

"Les lois de notre pays sont en inadéquation avec les droits de la femme", tels qu'inscrits dans la nouvelle constitution adoptée en juillet, a également insisté la vice-présidente du parlement.

"Il faut se hâter pour édicter une loi adéquate", dénonçant la loi qui pénalise comme "réactionnaire", d'autant que "plus de 25% des femmes y ont recours sans aucune surveillance médicale" le plus souvent par manque d'argent.

C'est en fait la question de "la violence que subissent les femmes" qui est posée, a enfin dénoncé Mme Nouzha Skalli, députée et ancienne ministre de la femme.

"La société civile, les parlementaires et les politiques doivent s'impliquer dans cette question", a-t-elle conclu.

hm/jms

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