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Nuit mouvementée à Tunis où salafistes et casseurs sèment la panique

12/06/2012 06:51 EDT | Actualisé 12/08/2012 05:12 EDT

Des violences simultanées impliquant des salafistes ont éclaté dans la nuit de lundi à mardi dans plusieurs endroits de Tunis, relançant les interrogations sur le caractère organisé de ces troubles et l'identité des assaillants, mêlant extrémistes islamistes et casseurs.

Les violences --attaques contre des bâtiments administratifs et affrontements avec les forces de l'ordre-- se sont produites en fin de soirée dans plusieurs cités populaires de l'ouest de Tunis, Intilaka, Ettadhamen et Essijoumi, ainsi que dans la chic banlieue nord à La Marsa, Carthage, Le Kram.

Les groupes d'assaillants étaient "mixtes" et mêlaient "des gens de la mouvance salafiste et des malfaiteurs", a indiqué à l'AFP le porte-parole du ministère de l'Intérieur Khaled Tarrouche, faisant état d'une cinquantaine d'arrestations et de 7 blessés légers chez les policiers. Plusieurs témoins ont également fait état de "barbus" et de "voyous" mélangés.

L'incident le plus grave s'est produit à Essijoumi, où le tribunal a été attaqué et le bureau du procureur totalement incendié.

"Un groupe de criminels a attaqué le tribunal vers 22H00. Il y a beaucoup de destructions, et des ordinateurs ont été volés. C'est grave car le tribunal représente la souveraineté de l'Etat", a déclaré à l'AFP le procureur de la République Amor Ben Mansour. Il a précisé que "des citoyens s'étaient mobilisés pour défendre" le bâtiment.

Le ministre de la Justice Nourredine Bhiri a dénoncé "un acte terroriste" et promis que les coupables allaient le "payer cher".

"Ce sont des groupes terroristes qui perdent leur sang froid, ils sont isolés dans la société", a-t-il déclaré sur la radio Shems FM.

Les violences ont également touché les cités populaires d'Ettadhamen, où un poste de la garde nationale a été incendié, et Intilaka, où la tension restait vive mardi matin, selon un photographe de l'AFP.

Questions sur les causes et les auteurs des violences

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Les troubles seraient en partie liés à de précédents incidents suscités par une exposition artistique, le "Printemps des Arts" à La Marsa, qui a suscité la fureur d'islamistes en raison d'oeuvres jugées blasphématoires.

Le palais Abdellia, qui abrite l'exposition, a été lundi soir, pour la deuxième nuit consécutive, ciblé par des assaillants, selon des témoignages concordants. Plusieurs oeuvres avaient déjà été détruites dans la nuit de dimanche à lundi par des groupes qui s'étaient introduits dans le palais.

Le directeur de l'exposition, Luca Luccatini, a déposé plainte et estimé que ces actes étaient le résultat d'un mélange de "fanatisme, de manipulation, de volonté d'être médiatisé".

Nombre de Tunisiens s'interrogeaient cependant mardi matin sur le caractère simultané des troubles et l'identité des assaillants.

La mouvance salafiste, qui occupe le devant de la scène depuis des mois en Tunisie et dont les actes sont de plus en plus violents, était pointée du doigt.

Plusieurs internautes et commentateurs ont relevé que ces violences survenaient deux jours après l'appel du chef d'Al-Qaïda Ayman al-Zawahiri, qui a exhorté les Tunisiens à se soulever pour réclamer l'application de la charia.

D'autres encore évoquaient un complot d'anciens RCDistes (parti dissous de l'ex-président Ben Ali) pour déstabiliser le pays et reprendre le pouvoir.

"Le fait que les violences aient éclaté en plusieurs endroits au même moment laisse à penser que c'était organisé", a concédé le porte-parole de l'Intérieur Khaled Tarrouche, soulignant qu'une enquête avait été ouverte.

"Les forces de l'ordre sont présentes dans tous les foyers d'incidents et n'admettront aucun acte de violence", a-t-il ajouté.

Un autre incident s'est produit dans la nuit de mardi à Jendouba, dans le nord-ouest du pays, où le bureau régional de la puissante centrale syndicale UGTT a été incendié mardi vers 02H00 du matin par des groupes salafistes, selon l'agence TAP.

Le secrétaire général de l'UGTT Hocine Abassi a évoqué un "développement dangereux" et appelé les syndicalistes à "protéger les sièges régionaux de l'UGTT".

Jendouba avait connu fin mai de violents incidents lorsque des salafistes avaient incendié des postes de police et attaqué des établissements vendant de l'alcool.

cf/ej

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