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L'ONU veut un accès à la ville syrienne de Haffé de crainte d'un massacre

12/06/2012 04:52 EDT | Actualisé 11/08/2012 05:12 EDT

Les Nations unies ont réclamé un accès immédiat à la ville syrienne de Haffé, assiégée et violemment bombardée par les troupes du régime de Bachar al-Assad, les Etats-Unis disant craindre un nouveau massacre.

Les forces syriennes, appuyées par des chars et des hélicoptères, ont d'ailleurs intensifié leurs bombardements des bastions rebelles y tuant près de 300 personnes depuis samedi, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Dans un rapport, l'ONU a dénoncé le gouvernement syrien comme l'un des pires sur sa liste annuelle "de la honte" de pays en conflit où les enfants sont tués, torturés et forcés à combattre, accusant l'armée d'utiliser les enfants comme "boucliers humains".

Malgré les profondes inquiétudes exprimées par l'ONU et les Etats-Unis, les forces du régime restent déterminées à étouffer la contestation et l'insurrection et tentent de prendre aux rebelles de nombreuses villes dans l'est, le nord-ouest et le centre du pays.

La localité de Haffé, dans la province de Lattaquié (nord-ouest), était ainsi assiégée par l'armée après l'envoi de renforts nocturnes et un bombardement de sept jours qui a poussé les habitants à la fuite, selon l'OSDH. Les lignes téléphoniques y étaient coupées jusque tard dans la nuit.

Selon une militante sur place, "les chars sont aux portes de la ville" désertée par la majorité de ses 30.000 habitants. "Il y reste les rebelles et certains civils armés qui les aident à défendre la ville".

Washington s'est dit inquiet que le régime ne prépare un nouveau massacre à Haffé, après ceux de Houla et Al-Koubeir imputés au pouvoir. L'émissaire international Kofi Annan, architecte d'un plan de paix resté lettre morte, et le patron de l'ONU Ban Ki-moon ont réclamé un accès de l'ONU à la localité.

M. Annan "est particulièrement inquiet des récents bombardements à Homs, ainsi que des informations faisant état de l'usage de mortiers, de chars et d'hélicoptères à Haffé", selon son porte-parole. "Il y a des indications qu'un grand nombre de civils sont pris au piège dans ces villes".

M. Ban a souligné que les observateurs internationaux déployés en Syrie pour surveiller une trêve non existante "jouissent d'un accès libre à Haffé, alors que des informations font état d'une concentration de forces autour de la ville".

Pour M. Ban, il y a une "dangereuse intensification" du conflit en Syrie, où 111 personnes ont été tuées lundi dont 79 civils, selon l'OSDH.

Mardi encore, dix civils ont été tués dans la chute d'obus de mortier sur un quartier de Deir Ezzor (est), alors que l'armée bombardait le quartier de Khaldiyé à Homs (centre) où elle tente de pénétrer depuis des jours, a précisé l'ONG.

Dans la province d'Alep (nord), Hreitane était la cible d'un violent bombardement, après des combats entre les soldats et les rebelles aux portes de cette localité où de nombreuses habitations ont été détruites et d'où les habitants prennent la fuite, selon l'ONG et des militants.

Dans son rapport, l'ONU a affirmé que des enfants en Syrie, à partir de neuf ans, ont été victimes d'assassinat, de mutilations, d'arrestations arbitraires, d'emprisonnement, de torture et mauvais traitements, y compris des violences sexuelles.

"J'ai rarement vu autant de brutalités contre les enfants qu'en Syrie, où les filles et les garçons sont emprisonnés, torturés, exécutés et utilisés comme boucliers humains" dans leur guerre contre les rebelles, a dit Radhika Coomaraswamy, représentante spéciale de l'ONU pour les enfants dans les conflits armés.

Selon Human Rights Watch, au moins 1.176 enfants ont été tués depuis le début de la révolte en Syrie déclenchée le 15 mars 2011 par des manifestations pacifiques mais qui s'est militarisée face à la répression.

Et selon l'OSDH, plus de 14.100 personnes ont péri depuis cette même date.

Dans sa dernière intervention publique le 3 juin, M. Assad avait refusé une fois de plus de reconnaître l'ampleur de la contestation, se disant confronté à une montée du "terrorisme" qu'il a promis d'écraser "à n'importe quel prix".

Le Conseil national syrien (CNS), principale coalition de l'opposition, a accusé le régime de se livrer à une escalade dans le "recours à la terreur et au déplacement des populations sur une base sectaire", profitant de la "faiblesse" de la communauté internationale, en raison de ses divisions.

Il a appelé à des manifestations pacifiques mercredi à 13H00 GMT devant les ambassades et représentations russes dans le monde "pour exprimer leur profonde colère à propos de la position russe qui soutient le régime criminel et assassin en Syrie et lui apporte une couverture internationale (...)".

Le même jour, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov est attendu en Iran, un autre allié des autorités syriennes accusé de leur fournir armes et expertise pour la répression.

bur-tp/feb

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