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L'Irak affiche ses ambitions en présentant un candidat à la tête de l'Opep

12/06/2012 05:42 EDT | Actualisé 12/08/2012 05:12 EDT

L'Irak, qui entend redevenir un des grands producteurs de pétrole de la planète, affiche ses ambitions en présentant un candidat au poste de secrétaire général de l'Opep pour jouer un rôle-clé dans ce cartel dont il fut l'un des fondateurs.

Sa marginalisation durant des décennies en raison des sanctions à l'époque de Saddam Hussein et de la violence qui a suivi son renversement, s'était traduite par la non prise en compte de sa production dans les quotas fixés par l'organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep).

Mais ces dernières années, le pays a ouvert son secteur pétrolier aux entreprises étrangères. La production a augmenté et devrait atteindre dans l'avenir de nouveaux sommets.

S'il est peu probable qu'un des quatre candidats fasse l'unanimité des 12 membres du cartel, comme le veut la règle, lors de la réunion du 14 juin à Vienne, le fait saillant est la candidature irakienne.

Le postulant, Thamir Ghadhban, 67 ans, est un technocrate qui a dirigé le secteur pétrolier dans les moments les plus durs c'est-à-dire dans les années ayant suivi l'invasion conduite par les Etats-unis en 2003.

Il fut directeur exécutif de l'industrie pétrolière et conseiller du ministre du Pétrole avant d'occuper ce poste en 2004. Titulaire d'un master d'ingénierie pétrolière obtenu au prestigieux Imperial College de Londres, il a travaillé pendant plus de 30 ans dans l'industrie pétrolière avant d'être recruté en 2007 par le Premier ministre Nouri al-Maliki comme chef de ses conseillers.

M. Ghadhban est en compétition avec trois candidats proposés par l'Arabie saoudite, l'Iran et l'Equateur. "Ses grandes aptitudes font de Thamir un très bon candidat. Nous avons travaillé ensemble durant des années et je peux vous dire qu'il a toutes les qualités requises", assure l'ex-ministre du Pétrole vénézuélien, Alirio Parra, joint par l'AFP au téléphone à Londres.

Mais la règle de l'unanimité rend les pronostics difficiles. "Il y a quatre candidats et vous ne pouvez donc pas dire qu'il y a un favori. C'est très difficile pour un candidat d'être élu", explique-t-il. Il fut lui-même un postulant malheureux en 1994 car il lui manquait l'approbation d'un membre.

Pour l'Irak, cette élection est l'occasion de jouer à nouveau un rôle de premier plan à l'Opep, fondée en 1960 sur son sol par six pays.

Depuis sa création, un seul Irakien, Abdel Rahmane al-Bazzaz, en a été secrétaire général en 1964 pendant un an. Un autre, Fazil al-Chalabi, occupa ce poste par intérim de 1983 à 1988.

Comme l'Iran et l'Arabie saoudite sont généralement opposés au sein du cartel, Thamir Ghadhban peut apparaître comme un candidat de compromis, ce qui pourrait être profitable à l'Opep, selon une experte, Ruba Husari, qui dirige le site www.iraqoilforum.com.

"Donner à l'Irak une position de responsabilité oblige ce pays à se conduire de manière responsable", le poussant à tenir compte des conséquences sur le marché pétrolier de la hausse de production qu'il prévoit dans les prochaines années, note-t-elle.

L'Irak produit actuellement environ 3 millions b/j dont 2,45 millions sont exportés. Une trop forte augmentation pourrait conduire à une baisse des cours, ce qui irriterait les autres membres du cartel.

"Si dans une classe vous donnez des responsabilités à un (élève) rebelle, alors (il se dit qu'il) doit satisfaire tout le monde", souligne Mme Husari.

Pour le moment, la production de l'Irak n'est pas prise en compte dans les quotas fixés par l'Opep. Ses responsables envisagent d'ouvrir des négociations avec l'Organisation lorsque la production atteindra 4 à 5 mbj, soit vers 2015.

Comme le mandat du secrétaire général est de trois ans renouvelables une fois, ces négociations pourraient s'ouvrir avec un Irakien à la tête de l'institution si M. Ghadhban est choisi.

"Ils doivent trouver un arrangement avec l'Irak, notamment au moment où se dérouleront les négociations sur les quotas. Ils (les Etat membres) devraient récompenser notre pays avec ce poste plutôt que de le bloquer", estime un responsable du ministère irakien du Pétrole sous couvert de l'anonymat.

"Dans le passé l'Irak a été marginalisé (à l'Opep) mais maintenant notre pays est de retour", dit-il.

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