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L'écrivain franco-libanais Amin Maalouf reçu jeudi à l'Académie française

12/06/2012 04:54 EDT | Actualisé 11/08/2012 05:12 EDT

L'écrivain franco-libanais Amin Maalouf sera reçu jeudi en grande pompe à l'Académie française, paré de son habit vert et de son épée d'immortel ornée des symboles de sa double culture : "un grand bonheur, un beau rituel mais une cérémonie intimidante", confie-t-il à l'AFP.

"Cette cérémonie, probablement la plus intimidante de toutes, je l'apprécierai mieux quand elle sera devenue un souvenir lumineux. La vivre est forcément une épreuve. Mais je l'ai désirée, et je m'efforcerai de la traverser sans que mon angoisse n'étouffe mon bonheur", sourit Amin Maalouf, élu le 23 juin 2011 pour succéder à Claude Lévi-Strauss au fauteuil 29, après deux tentatives malheureuses en 2004 et 2007.

Devant ses pairs, sa famille et un parterre de personnalités françaises et étrangères, le nouvel immortel fera selon la tradition l'éloge de son prédécesseur dans la prestigieuse institution chargée de veiller sur la langue française, en élaborant notamment son dictionnaire.

"J'ai commencé à réfléchir à ce discours à l'instant où j'ai appris que j'avais été élu", dit-il. "Je me suis plongé dans l'oeuvre de Claude Lévi-Strauss comme si je l'abordais pour la première fois". Tout aussi importantes que ces lectures "ont été les conversations que j'ai eues avec sa veuve Monique Lévi-Strauss".

"Grâce à elle, mon discours sera centré sur l'homme plus encore que sur l'oeuvre", souligne l'écrivain de 63 ans.

Son épée comporte une Marianne et un Cèdre du Liban, en deux médaillons de même taille, une sculpture représentant l'enlèvement d'Europe, princesse phénicienne, par le dieu Zeus déguisé en taureau.

"J'y vois le symbole des relations fort anciennes entre l'Occident et le Levant", explique l'auteur.

Sur la lame sont gravés d'un côté les prénoms de sa femme et de ses trois fils, de l'autre les premiers mots d'un poème composé par son père.

Sur le costume d'académicien, les broderies sont relativement discrètes mais il y a là aussi une touche libanaise.

"Quand on regarde de près les boutons, on y voit, au lieu des rameaux d'olivier, de tout petits cèdres", s'amuse-t-il.

Beaucoup des invités à son "intronisation" viennent du Liban, des Etats-Unis ou de l'île d'Yeu, l'un de ses refuges favoris, dans l'ouest de la France.

Son Comité d'honneur est présidé par Jean-Claude Fasquelle, légende de l'édition et ancien PDG de Grasset et Fasquelle. Parmi ses membres, Ismail Kadaré, Luis Sepúlveda, le journaliste Jean Daniel, Peter Sellars, Jordi Savall, Georges Moustaki, le commissaire européen Michel Barnier ou le fils de Paul Claudel, Henri Claudel.

Né le 25 février 1949 à Beyrouth, dans une famille chrétienne dont une des branches est francophone et vient d'Istanbul, le nouvel académicien a consacré son oeuvre au rapprochement des civilisations, s'interrogeant sur les rapports politiques et religieux entretenus par l'Orient et l'Occident.

Journaliste au principal quotidien de Beyrouth, An-Nahar, Amin Maalouf est contraint par la guerre civile à l'exil en 1976.

Ces thèmes de l'exil et de l'identité, lui "qui se sent chrétien dans le monde arabe et Arabe en Occident", occupent une large place dans ses essais, parmi lesquels "Les identités meurtrières" ou "Le dérèglement du monde".

A Paris, il devient rédacteur en chef de la revue Jeune Afrique. En 1983, il publie un ouvrage historique "Les croisades vues par les Arabes". Mais c'est son roman "Léon l'Africain" qui le fait connaître en 1986. Il décide alors de se consacrer à la littérature et... décroche le prix littéraire Goncourt en 1993 pour "Le Rocher de Tanios".

Avant lui, à la double culture arabe et française, l'Académie a accueilli en 2006 la romancière algérienne Assia Djebar, première personnalité du Maghreb élue sous la Coupole.

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