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La thèse d'une manipulation de Merah par les services secrets français resurgit

12/06/2012 03:20 EDT | Actualisé 12/08/2012 05:12 EDT

Quels contacts entretenaient les renseignements français avec Mohamed Merah avant ses tueries? L'avocate algérienne de son père affirme détenir deux vidéos, réclamées par la justice française, qui prouveraient que le jihadiste présumé a été manipulé.

Ces enregistrements, qui n'ont pas été rendus publics, auraient été réalisés par Mohamed Merah au moment où la police assiégeait son appartement toulousain et sont cités à l'appui d'une plainte pour meurtre déposée lundi à Paris par les avocates du père du tueur en série, Mes Zahia Mokhtari et Isabelle Coutant-Peyre.

Mardi, le quotidien algérien Echourouk a publié une traduction en arabe des conversations présumées entre Mohamed Merah et des policiers lors du siège qui fut fatal au tueur, une transcription qui a été authentifiée par l'avocate française Isabelle Coutant-Peyre.

Selon le quotidien, l'auteur des tueries de Toulouse et Montauban aurait affirmé avoir découvert durant ce siège qu'un homme qu'il croyait être son ami était en fait une "taupe", un agent des services français qui l'aurait manipulé, l'incitant notamment à partir en Irak, au Syrie et au Pakistan.

Me Coutant-Peyre a affirmé qu'il revenait à Me Mokhtari, sa consoeur algérienne, de transmettre ces vidéos à la justice, comme l'a demandé le parquet de Paris.

Contactée par l'AFP, le contre-espionnage français (Direction centrale du renseignement intérieur, DCRI) n'a fait aucun commentaire sur ces vidéos. De source proche de l'enquête, on se montrait cependant très réservé sur ces vidéos que le tueur aurait envoyées de son iPhone à son père.

Les spéculations sur les liens entre Merah et les renseignements étaient apparues peu après la mort du tueur le 22 mars, du fait notamment de ses contacts avérés avec un agent de la DCRI de Toulouse en novembre 2011, à la suite de voyages en Afghanistan et au Pakistan. C'est ce même policier de la DCRI qui était intervenu pour négocier lors du siège.

Un ancien patron du contre-espionnage, Yves Bonnet, s'était ouvertement interrogé sur un éventuel rôle d'indicateur que Merah aurait pu jouer.

Mais Bernard Squarcini, alors chef de la DCRI, avait démenti fin mars que l'homme qui avait abattu de sang froid sept personnes à Toulouse et Montauban entre les 11 et 19 mars ait été un "indic". Ce que l'ancien ministre de l'Intérieur Claude Guéant avait également "totalement exclu".

Une source policière a affirmé mardi à l'AFP que Merah a "pu être traité" directement de Paris par un agent de la DCRI - proche de Bernard Squarcini - car localement "ce n'était pas possible avec six agents travaillant sur une trentaine d'objectifs".

Cet agent a "effectué des séjours à Toulouse dans cet esprit", selon elle, ce "qui ne veut pas dire que Merah a été un indicateur".

Merah, selon plusieurs autres sources policières du Renseignement, avait "le profil de cette minorité" de Français parfois "envoyés par les services secrets +faire le djihad+" sous "divers prétextes et parfois sous différentes pressions aussi". Selon ces sources policières du renseignement, cette information est toutefois "difficilement vérifiable".

Des éléments versés au dossier d'instruction et cités par Le Monde laissent penser que l'évolution du tueur vers un islam radical fut relativement tardive, après une enfance violente marquée par un fort sentiment d'abandon.

Les avocates de familles de victimes, Mes Samia Maktouf et Béatrice Dubreuil, ont indiqué à l'AFP que ces dernières étaient "extrêmement choquées de ce nouvel épisode" et attendent "des autorités que la vérité éclate". "Elles attendent en particulier beaucoup de la déclassification promise de tous les documents nécessaires à l'enquête", ont elles déclaré.

Le ministre de l'Intérieur Manuel Valls a demandé une étude approfondie "sur ce qui a dysfonctionné" dans l'affaire Merah en raison d'un "échec" de l'Etat qui "n'a pas su ou pas pu protéger des Français".

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