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Syrie: Washington craint un nouveau massacre et dénonce les tactiques du régime

11/06/2012 10:59 EDT | Actualisé 11/08/2012 05:12 EDT

BEYROUTH - Les États-Unis ont accusé lundi la Syrie d'utiliser de «nouvelles tactiques atroces», après que des observateurs de l'ONU eurent rapporté que des hélicoptères de l'armée syrienne tiraient sur des zones tenues par les rebelles, faisant craindre pour le sort des civils coincés dans les villes assiégées.

Les violences se sont intensifiées au cours des dernières semaines en Syrie, les deux parties ignorant le cessez-le-feu censé être entré en vigueur le 12 avril, mais qui n'a jamais tenu.

La porte-parole du département d'État américain, Victoria Nuland, s'est dite inquiète face aux informations laissant croire que le régime de Bachar el-Assad «pourrait être en train d'organiser un nouveau massacre» dans la province de Lattaquié, où les observateurs de l'ONU ont été entravés dans leur travail.

Selon des groupes de l'opposition syrienne, plus de 50 personnes ont été tuées à travers le pays lundi. Les forces gouvernementales ont affronté des rebelles armés dans les provinces de Homs, d'Idlib et de Lattaquié. Il n'a pas été possible de confirmer le bilan de source indépendante.

Dans des vidéos tournées par des opposants et diffusées sur Internet lundi, on peut voir des boules de flammes et des débris noirs voler dans les airs, alors qu'un flot d'obus s'abat sur des édifices résidentiels de la ville de Homs. On entend clairement le son des tirs d'obus au milieu des tirs sporadiques de mitrailleuses.

Des soldats gouvernementaux ont traqué et tué des rebelles qui avaient mis le feu à leurs chars dans une zone agricole de la province d'Idlib, a déclaré Rami Abdul-Rahman, chef de l'Observatoire syrien des droits de l'homme, qui s'appuie sur un réseau de sources sur le terrain.

L'affrontement s'est soldé par la mort de sept soldats et d'un civil, a-t-il dit. Cinq civils — trois hommes et deux femmes — ont également été tués en tentant de fuir les combats, a précisé M. Abdul-Rahman. Les médias officiels n'ont pas fait mention de cet incident.

Une voiture piégée a par ailleurs explosé dans la ville de Deir el-Zour, tuant 10 personnes, selon M. Abdul-Rahman.

«Nous assistons en ce moment à de violents combats alors que l'armée syrienne tente de reprendre des positions tenues par les rebelles», a expliqué le directeur de l'Observatoire. «Il y a beaucoup de morts dans les rangs des rebelles.»

L'émissaire spécial de l'ONU et de la Ligue arabe en Syrie, Kofi Annan, s'est dit «extrêmement préoccupé» lundi par l'escalade de la violence dans le pays, citant le pilonnage de la province de Homs et des attaques à l'arme lourde dans des villages de la province de Lattaquié.

M. Annan a demandé aux deux parties de «prendre toutes les mesures nécessaires pour que les civils ne soient pas blessés» par les violences, a précisé son porte-parole, Ahmad Fawzi. «Des informations indiquent qu'un grand nombre de civils sont coincés dans ces villes», a ajouté M. Fawzi dans un communiqué.

La Russie, qui a opposé son veto à deux résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU menaçant la Syrie de sanctions, a défendu lundi ses ventes d'armes au régime syrien.

«En aucune circonstance les armes fournies à la Syrie seront utilisées contre la population civile», a affirmé le vice-premier ministre russe, Dimitri Rogozin, cité par l'agence de presse ITAR-Tass. «Les armes ne tirent pas d'elles-mêmes. Ce sont les gens qui s'en servent pour tirer», a-t-il ajouté.

À Londres, le ministre britannique des Affaires étrangères, William Hague, a affirmé que son pays n'écartait pas la possibilité d'une intervention militaire internationale en Syrie.

«Chaque jour, des informations émergent sur des crimes sauvages», a-t-il déclaré devant la Chambre des communes. «Ces tactiques militaires délibérées rappellent avec horreur les Balkans des années 1990.»

Il a précisé que le Royaume-Uni se concentrait pour l'instant sur les efforts diplomatiques, mais qu'il n'excluait pas «toute autre option qui pourrait mettre un terme au bain de sang».

Les États-Unis et leurs alliés se montrent peu disposés à se lancer dans une intervention militaire en Syrie, craignant une aggravation du conflit et ses conséquences sur les autres pays de la région.

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