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Les difficiles relations polono-russes pèsent sur l'Euro-2012 de football

11/06/2012 04:17 EDT | Actualisé 10/08/2012 05:12 EDT

Les conflits et l'incompréhension qui ont marqué au cours de l'Histoire les relations polono-russes pèsent de tout leur poids sur l'Euro-2012 de football, organisé par la Pologne conjointement avec l'Ukraine.

L'équipe de Russie, qui affronte la Pologne mardi à Varsovie, a choisi de descendre dans un hôtel qui jouxte le palais présidentiel devant lequel, le 10 de chaque mois, la droite nationaliste manifeste en souvenir du président Lech Kaczynski, tué dans un accident d'avion le 10 avril 2010 à Smolensk, en Russie.

Bien que l'enquête officielle blâme les pilotes et les chefs de l'armée de l'air polonais, ainsi que les défaillances de l'aéroport de Smolensk, certains Polonais croient à la théorie du complot et parlent de l'implication des Russes dans la mort du président Kaczynski, très critique à l'égard de Moscou.

Dans un geste de réconciliation, le président de la Fédération russe Sergueï Foursenko, accompagné du sélectionneur Dick Advocaat, ont fleuri dimanche matin une plaque commémorative dédiée aux victimes de la catastrophe.

Une demi-heure plus tôt, le chef de l'opposition conservatrice polonaise Jaroslaw Kaczynski a déposé, quelques mètres plus loin, une gerbe en mémoire de son frère jumeau.

Le jour du match Pologne-Russie, des milliers de supporteurs russes doivent défiler dans les rues de Varsovie. Par coïncidence, le 12 juin est la date d'une fête nationale russe et on craint en Pologne un débordement politique.

Le chef historique du syndicat anticommuniste Solidarité Lech Walesa a regretté que la politique se soit invitée au championnat de football.

"Pendant l'Euro, essayons de nous réjouir ensemble et n'entraînons pas les supporteurs dans des querelles historiques et politiques", a-t-il déclaré à l'hebdomadaire polonais Wprost.

Selon Fedor Loukianov, politologue russe, "le football est comme un verre grossissant pour les relations interétatiques et fait déborder les tensions séculaires".

"Notre histoire est marquée par 400 ans de divergences: La Pologne fut un empire comme la Russie, puis la Russie a participé à quatre reprises à la division de la Pologne. S'y ajoutent les maux du communisme et la Seconde guerre mondiale qui ont encore compliqué les choses", a-t-il déclaré à l'AFP.

Une possible venue en Pologne des dirigeants russes, Vladimir Poutine et Dmitri Medvedev, pour les matches de leur équipe a été évoquée par un porte-parole de l'UEFA, mais aussitôt démentie à Moscou.

"Leur présence n'est pas du tout obligatoire, d'autant plus qu'il ne s'agit que des matches de poule. En outre, le 12 juin est la Journée de la fête nationale en Russie et il est plus logique pour eux de rester à la maison", a expliqué M. Loukianov.

La domination russe au XIXe siècle sur la majeure partie des territoires polonais, l'invasion de l'Armée rouge stoppée en 1920 aux portes de Varsovie, le pacte germano-soviétique de 1939 débouchant sur un nouveau partage de la Pologne et le massacre sur l'ordre de Joseph Staline de milliers d'officiers polonais en 1940 à Katyn, restent gravés dans la mémoire collective des Polonais.

"Catastrophe du siècle"

Et l'expérience encore fraîche de quatre décennies de communisme imposé par Moscou à l'Europe de l'Est après la Seconde guerre mondiale hypothèque les relations polono-russes.

"Il est facile de s'y référer aujourd'hui, en suscitant de mauvaises émotions de part et d'autre", déclare à l'AFP le politologue polonais Slawomir Debski.

Les Polonais restent inquiets des ambitions impériales de la Russie. Et vue de Moscou, la Pologne est un petit pays qui agace par ses ambitions européennes.

La majorité des Russes ont mal vécu le démantèlement de l'empire soviétique. Le président Vladimir Poutine n'a pas hésité à qualifier en 2005 l'effondrement de l'URSS de "catastrophe du siècle".

"On entretient des mythes. Les Polonais prêtent à la Russie l'intention de détruire l'Etat polonais. Et du côté russe, il y a le mythe d'une Pologne frondeuse qui cherche toujours à nuire aux intérêts de la Russie. Des hommes politiques exploitent ces mythes, de part et d'autre", estime M. Debski.

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