NOUVELLES

Les chabbihas, des escadrons de la mort au service du régime syrien

11/06/2012 04:28 EDT | Actualisé 10/08/2012 05:12 EDT

Accusés des massacres les plus barbares depuis le début de la révolte en Syrie, les chabbihas, ces miliciens redoutables, sont utilisés par le régime pour lui permettre de se dissocier des atrocités commises dans le pays, selon experts et militants.

Des responsables de l'ONU ont exprimé leurs "forts soupçons" sur le rôle de ces gangs à l'organisation floue dans la ville de Houla qui a fait 108 morts le 25 mai. Le régime de Bachar al-Assad a démenti tout lien avec ce carnage.

"Les chabbihas sont ceux qu'on utilise pour faire les basses besognes. Le gouvernement pourra dire 'ce n'est pas moi, je ne suis pas responsable'", affirme Fabrice Balanche, directeur du centre français de recherche Gremmo.

"Ils servent à blanchir le régime quand des massacres sont commis", souligne Rami Abdel Rahmane, président de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), une ONG basée en Grande-Bretagne.

Ces milices souvent en tenue civile et armées, dont le seul nom fait trembler la population sont également accusés de détentions arbitraires, d'exécutions sommaires et de tortures.

"Je ne crois pas que le pouvoir à Damas s'est dit 'c'est le bon moment pour commettre des masssacres'", estime un analyste à Damas sous couvert de l'anonymat. "Mais depuis 15 mois, le pouvoir non seulement tolère mais exploite le phénomène des chabbihas, contribuant au pourrissement de la crise".

"C'est comme en Amérique latine, il y avait les escadrons de la mort. C'est aussi un moyen pour terroriser les gens", précise M. Balanche.

Le mot "chabbihas" (de l'arabe "chabah", littéralement "fantôme"), remonte aux années 1980. Il désignait les trafiquants sévissant à Lattaquié en raison de la rapidité de leur Mercedes-Benz et qui, selon des militants, étaient à la solde de la garde rapprochée du clan Assad.

Ils sont réapparus avec la révolte populaire en mars 2011, cette fois-ci pour réprimer la contestation. Ce sont surtout "des jeunes de banlieue qui n'ont pas de travail, on leur donne de l'argent et une kalachnikov" et ils estiment avoir "tout pouvoir", estime M. Balanche.

Selon un militant à Hama (centre), Dany Hamwi, le régime a recours aux chabbihas pour épargner à l'armée de s'impliquer dans des crimes et éviter ainsi des désertions en masse. "Un officier ou un soldat peut refuser l'ordre de tuer, un 'chabbih' est loyal jusqu'au bout".

Plusieurs vidéos de militants montrent des hommes en civil et armés de bâtons ou de kalachnikovs s'en prenant aux manifestants, ou scandant "chabbihas pour toujours, pour tes yeux Bachar".

L'AFP n'est pas en mesure de vérifier l'implication de ces gangs dans la répression en raison des restrictions draconiennes imposées aux médias.

Selon l'OSDH, le nombre des chabbihas est estimé à près de 6.000 personnes et certains ont même été intégrés dans les services de sécurité.

En se battant pour le régime, ils luttent aussi pour leur survie, en partie parce qu'ils sont en majorité alaouites, la confession du clan Assad, face à des opposants sunnites, communauté majoritaire en Syrie.

A Houla (centre), agglomération sunnite, des militants avaient accusé des chabbihas venus de villages alaouites voisins du massacre.

"Ce sont les plus grands défenseurs du régime", souligne M. Balanche. "Et les Alaouites sont terrifiés à l'idée d'une vengeance sunnite" après une éventuelle chute du régime.

Mais selon des militants, les choses ont progressivement pris une tournure mafieuse.

"Avant, le régime leur payait des salaires. Avec la crise économique, il leur a donné le feu vert pour mettre à sac les quartiers", indique Omar Chaker, militant de Homs.

A Alep (nord), deuxième ville du pays de plus en plus mobilisée, les enlèvements et les vols sont devenus monnaie courante.

Là "le 'contrat' était 'Vous veillez à ce qu'il n'y ait pas de manifestations, en contrepartie vous faites ce que vous voulez. Cela a beaucoup contribué à retourner Alep contre le régime", indique l'expert basé à Damas.

Le risque, selon lui, est que le régime ne soit plus en mesure de contrôler "ce Frankenstein qu'il a lui-même créé".

ram/tp

PLUS:afp