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Le monde n'a pas à choisir entre austérité et prospérité, assure Harper

11/06/2012 05:26 EDT | Actualisé 11/08/2012 05:12 EDT

MONTRÉAL - Face à l'instabilité économique mondiale, les gouvernements n'ont pas à choisir entre l'austérité et la prospérité, a martelé lundi le premier ministre Stephen Harper.

«À cause des difficultés politiques, certains vont tenter de mettre de l'avant un faux choix, un choix entre la discipline fiscale ou la croissance économique, entre l'austérité ou la prospérité», a déclaré M. Harper dans un discours prononcé à la Conférence de Montréal.

«Si la question était si facile, beaucoup d'économistes seraient sans emploi et cette conférence n'existerait pas, a-t-il ironisé. Évidemment, la réalité est bien différente.»

En Europe, plusieurs politiciens, notamment à gauche, réclament la mise en place de mesures de stimulation économique, craignant que l'austérité fiscale, prônée avec force par l'Allemagne, ne replonge le continent dans une profonde récession. La question a été au coeur de la récente élection présidentielle en France.

«La croissance économique et la saine gestion des finances publiques ne s'opposent pas: elles sont inséparables», a insisté M. Harper, en précisant que ce serait le message qu'il livrerait la semaine prochaine au sommet du G20 de Los Cabos, au Mexique.

«Ce dont le monde a grandement besoin, c'est d'une approche pratique, d'une approche qui combine la discipline budgétaire et les autres mesures de croissance. Bref, une approche qui marche: l'approche canadienne», a-t-il soutenu, tout en se défendant de vouloir imposer son point de vue au reste du monde.

Il reste que plusieurs citoyens et groupes d'intérêts ont vivement dénoncé les compressions massives dévoilées dans le plus récent budget fédéral, déposé en mars.

L'aide à l'Espagne bien accueillie

Le premier ministre, qui refuse que le Canada vienne en aide directement aux pays européens aux prises avec une grave crise des finances publiques, a par ailleurs salué la décision de la zone euro de secourir les banques espagnoles jusqu'à concurrence de 100 milliards d'euros (130 millions $).

«C'est le type d'actions prises par les Européens eux-mêmes que le Canada favorise», a-t-il dit.

De son côté, le gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, a décrit le renflouement des banques espagnoles comme «une étape importante vers une plus grande union fiscale et financière qui renforcera l'union monétaire (européenne)».

Plus tôt lundi, l'un des hauts responsables de l'Union européenne (UE), Michel Barnier, avait estimé que le sauvetage constituait une nouvelle preuve du bon fonctionnement de l'alliance continentale.

Le commissaire au marché intérieur et aux services a soutenu que les Européens avaient retrouvé la confiance «les uns avec les autres» et que bientôt, le reste du monde ferait de même à l'égard du Vieux Continent.

L'Espagne deviendra le quatrième pays européen à recevoir l'aide de ses voisins après la Grèce, l'Irlande et le Portugal.

Selon M. Barnier, l'UE n'est pas «à la croisée des chemins» parce qu'«il y a une seule route» à suivre, celle de la poursuite de la construction européenne.

L'ancien ministre français a cependant reconnu que les Européens faisaient face à «un moment de vérité» qui testera le «courage» des dirigeants du continent. La question, a-t-il dit, «est de savoir si nous allons plus loin en franchissant une nouvelle étape dans le partage de nos souverainetés nationales ou si nous reculons» comme le souhaitent «les mouvements populistes et protectionnistes».

Pour Michel Barnier, la réponse est claire: «il faudra aller plus loin» et «retrouver l'audace des pères fondateurs de l'Union européenne», a-t-il prêché.

Afin justement de renforcer la zone euro, le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, a proposé de mettre sur pied un organisme supranational qui serait investi de trois grands pouvoirs: la supervision bancaire, la garantie des dépôts (au moyen d'une taxe prélevée sur chaque institution financière) et la résolution des défaillances bancaires.

M. Noyer a admis qu'un changement aussi profond «implique de nombreuses étapes et l'élimination d'un grand nombre d'obstacles importants», mais il a voulu se montrer optimiste.

«Après tout, les plus grandes avancées du projet européen ont toujours été accomplies en réaction aux crises», a-t-il relevé.

Des dizaines de leaders politiques et économiques du monde entier se réunissent cette semaine à Montréal dans le cadre de la 18e Conférence de Montréal, aussi connue sous le nom de Forum économique international des Amériques.

De nombreux policiers antiémeutes ont monté la garde lundi devant l'hôtel du centre-ville où se tient l'événement. Or, quelques dizaines de manifestants à peine ont répondu à l'appel lancé sur Internet par la Convergence des luttes anticapitalistes (CLAC).

Le clou de l'événement sera l'allocution d'Alan Greenspan, ancien président de la Réserve fédérale des États-Unis, mercredi.

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