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La cour d'appel de Paris est dubitative sur les pièces de la défense de Kerviel

11/06/2012 01:34 EDT | Actualisé 11/08/2012 05:12 EDT

PARIS - La cour d'appel de Paris s'est montrée dubitative lundi sur les pièces remises en fin de semaine dernière par la défense de Jérôme Kerviel, l'ancien courtier de la Société générale rejugé pour avoir fait perdre 4,9 milliards à la banque. La semaine dernière, il a accusé ses anciens employeurs de l'avoir «manipulé».

«On nous parle de rumeurs», c'est «ça qui m'inquiète un peu», a lancé la présidente de la cour d'appel, Mireille Filippini, au sujet du courrier d'un témoin présenté comme «capital» par la défense, qu'elle a décidé d'entendre jeudi dans la matinée. Il s'agit d'un employé de la société de courtage Newedge (ex-Fimat). «C'est obscur mais peut-être que je ne suis pas assez intelligente pour comprendre ce qu'il dit», a-t-elle lancé.

Jeudi dernier, elle avait sommé les avocats de la défense de lui transmettre le lendemain au plus tard les «documents probants» promis. Les pièces «qu'on nous a données, on les connaissait», a affirmé Mme Filippini lundi matin, évoquant le chiffre de 1000 documents. «Si la cour ne voit rien de nouveau, c'est que la cour a mal vu», a rétorqué l'avocat de Jérôme Kerviel, Me David Koubbi, assurant qu'il «y a des positions nouvelles».

Elle a en outre rappelé que la cour avait loué du matériel à 8000 euros pour permettre à la défense d'écouter une bande sonore. «Vous n'avez pas écouté les huit heures», a-t-elle déploré. «Il eut été intéressant d'écouter la bande originale dans son entier» mais cette bande «n'a été écoutée même pas une heure».

Me Koubbi a affirmé, avant l'ouverture du procès, qu'il y avait «eu manipulation des bandes» sur lesquelles Jérôme Kerviel fait, selon la banque, des aveux. Il a estimé que ces aveux avaient permis au tribunal correctionnel, en première instance, de condamner l'ancien opérateur de marché à trois ans de prison ferme et 4,9 milliards d'euros de dommages.

C'est sur la base de cette pièce selon lui tronquée qu'il a porté plainte pour «faux et usage de faux». Me Jean Veil lui avait répondu, dans un entretien à l'Associated Press, qu'il y avait «une similitude absolue entre le CD-ROM qu'il a obtenu et les bandes sous scellés».

La représentante de la banque, Claire Dumas, a justement été interrogée lundi après-midi sur cet enregistrement, un procédé jugé «illégal» par la défense de l'ancien opérateur.

Lors du week-end des 19 et 20 janvier 2008, des réunions sont organisées pour tenter de comprendre les opérations de Jérôme Kerviel. «La seule chose qu'on avait de certain, c'est qu'il y avait un problème», souligne l'adjointe au chef du département «risques» de la Société générale. Le courtier est convoqué au siège. La direction travaille «dans un état d'urgence absolue» car elle doit organiser une annonce sur les pertes liées aux prêts à risque à l'issue du week-end.

Un téléphone est décroché dans la salle où il est interrogé. Dans une autre pièce, la task force travaille en temps réel en écoutant ses réponses, raconte Claire Dumas. «On est dans une salle des marchés, les conversations sont enregistrées, c'est comme ça (...) Je serais surprise qu'il n'ait pas vu le téléphone décroché.»

De son côté, l'ex-courtier est revenu sur la thèse de la machination développée par sa défense depuis la semaine dernière. La crise des prêts à risque, «c'est la raison pour laquelle ils m'ont laissé filer», a-t-il souligné. Et les marchés ne croyaient pas à la fraude quand elle a été annoncée par la banque, le 24 janvier 2008. C'est «le 'storytelling' de la Société générale» qui a donné corps à cette idée, a affirmé Jérôme Kerviel.

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