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Kofi Annan "gravement préoccupé" par les violences en Syrie, 74 morts

11/06/2012 11:53 EDT | Actualisé 11/08/2012 05:12 EDT

L'émissaire de l'ONU et de la Ligue Arabe Kofi Annan s'est dit "gravement préoccupé" par l'escalade des combats et des violences en Syrie, où 74 personnes, en majorité des civils, ont encore péri lundi.

Cette déclaration intervient au lendemain de la mort de 63 personnes à travers le pays et à deux jours d'une rencontre des alliés russe et iranien du régime de Bachar al-Assad.

Kofi Annan "est particulièrement inquiet des récents bombardements à Homs (centre) ainsi que des informations faisant état de l'usage de mortiers, de chars et d'hélicoptères dans la localité de Haffé, dans la province de Lattaquié" (nord-ouest), a souligné son porte-parole Ahmad Fawzi dans un communiqué.

"Il y a des indications qu'un grand nombre de civils sont pris au piège dans ces villes", a-t-il ajouté.

L'auteur du plan de sortie de crise pour la Syrie, resté lettre morte, appelle "les parties à prendre toutes les mesures nécessaires afin de s'assurer que les civils ne soient pas touchés et demande l'entrée immédiate des observateurs de l'ONU à Haffé".

Selon des militants, Haffé est bombardé depuis six jours par les forces du régime. La situation y est "terrible et les chars de l'armée sont aux portes de la ville", a déclaré l'un d'eux Sema Nassar, joint par l'AFP via Skype.

"Il n'y a qu'un seul médecin qui traite les blessés dans la ville", désertée selon lui par la majorité de ses 30.000 habitants. "Il y reste les rebelles et certains civils armés qui les aident à défendre la ville", a-t-il ajouté.

L'armée a également bombardé à l'artillerie lourde Rastane, dans la province de Homs (centre), des secteurs de la province d'Idleb (nord-ouest) et la localité d'Al-Achara dans la province de Deir Ezzor (est), défendus farouchement par les rebelles et dont elle tente de reprendre le contrôle, a précisé l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH)

Des combats violents ont en outre eu lieu dans ces provinces entre soldats et insurgés qui ont mené plusieurs attaques à la bombe, a précisé l'ONG.

Selon l'OSDH, alors que la révolte entre cette semaine dans son 16e mois, la répression et les affrontements entre soldats et insurgés ont coûté la vie lundi à 74 personnes.

Les combats se sont intensifiés ces derniers jours dans plusieurs villes, notamment dans Damas, l'Armée syrienne libre (ASL), formée principalement de militaires dissidents, faisant subir des pertes de plus en plus lourdes aux troupes du régime.

Selon l'agence officielle Sana, qui a accusé "un groupuscule terroriste armé", un attentat a par ailleurs endommagé lundi un gazoduc dans l'est du pays provoquant la fuite de 400.000 m3 de gaz.

Plus de 14.100 personnes ont péri depuis le début de la révolte déclenchée le 15 mars 2011 par des manifestations pacifiques mais qui s'est militarisée face à la répression, selon l'OSDH.

Les grandes puissances restent divisées sur les moyens de régler la crise, l'Occident réclamant des sanctions et un départ de M. Assad, alors que Russes et Chinois rejettent toute ingérence.

Dans ce contexte, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov se rend mercredi en Iran pour discuter notamment du dossier syrien. Téhéran, principal allié de Damas dans la région, a été accusé de lui fournir armes et expertise pour la répression.

La Russie a proposé la tenue d'une conférence internationale pour tenter de sauver le plan Annan, incluant l'Iran mais les Occidentaux ont exprimé de profondes réserves.

Selon Moscou, cette conférence devrait réunir également les membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU (Etats-Unis, Grande-Bretagne, France, Chine, Russie), les membres de la Ligue arabe et plusieurs pays voisins de la Syrie.

A Paris, le ministère des Affaires étrangères a affirmé que la France aurait "cette semaine de nouveaux contacts avec la Russie" sur cette conférence et qu'elle se concertait avec ses partenaires" sur l'application du plan Annan "dans la perspective d'une transition démocratique" en Syrie.

La France doit accueillir le 6 juillet une nouvelle réunion du Groupe des amis du peuple syrien, qui n'inclut pas l'Iran et à laquelle la Russie et la Chine n'ont jamais participé.

Entretemps, Washington, Paris et Londres préparent un projet de résolution au Conseil de sécurité incluant une menace de sanctions.

Cependant, cette résolution risque d'être bloquée comme dans le passé par Pékin et Moscou. Les Etats-Unis et l'Union européenne imposent déjà des sanctions unilatérales à Damas.

Le nouveau chef du Conseil national syrien (CNS), principal rassemblement de l'opposition, Abdel Basset Sayda, a demandé lundi au président Assad de laisser la place au vice-président Farouk al-Charaa, selon l'agence de presse turque Anatolie.

Selon M. Basset Sayda, le gouvernement syrien perd chaque jour un peu plus le contrôle du pays.

Dimanche, il avait appelé "tous les officiels du régime et dans les institutions à faire défection", tandis que l'ASL pressait les militaires "qui n'ont pas de sang sur les mains" à déserter l'armée.

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