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Irak: les années passent, le paysage politique reste bloqué

11/06/2012 07:23 EDT | Actualisé 11/08/2012 05:12 EDT

Intrigues, rumeurs et incertitudes se multiplient sur le maintien au pouvoir du Premier ministre irakien Nouri al-Maliki, aujourd'hui à mi-mandat: la situation ressemble à s'y méprendre à celle ayant suivi la laborieuse élection de 2010.

Si M. Maliki semble avoir réussi à écarter cette semaine la menace immédiate d'un vote de défiance, le président Jalal Talabani ayant refusé de l'organiser, la crise politique qui paralyse le pays se poursuit, au détriment d'un pays en grande partie à reconstruire, où la majeure partie de la population vit dans la pauvreté.

"Depuis les dernières élections, il y a eu des hauts et des bas, mais aucun problème n'a été résolu", résume le député kurde indépendant Mahmoud Othman.

"Cela fait deux ans que ça dure", note-t-il.

"Ils (les politiques) sont tellement occupés par leurs propres querelles, ça ne les intéresse pas", déplore-t-il. "Il n'y a pas d'intérêt pour l'électricité, les services, l'environnement, toutes ces choses. Ils ont négligé tout cela", souligne-t-il.

Les dernières élections législatives, tenues en mars 2010, s'étaient soldées par des mois de crise: le Parlement n'avait réussi à se réunir qu'en juin et un gouvernement n'avait été formé qu'en décembre de la même année, un record.

Mais ce gouvernement d'union nationale, composé de factions très différentes, a eu du mal à unifier son action, c'est-à-dire que la crise, en réalité, continuait de couver.

Les fractures sont apparues au grand jour au moment du retrait des forces américaines d'Irak en décembre 2011 et la coalition est depuis en permanence au bord de la rupture, avec plusieurs de ses dirigeants accusant ouvertement le Premier ministre d'être un "dictateur", voire "pire que Saddam Hussein".

Malgré cela, M. Maliki, arrivé au pouvoir en 2006 et reconduit suite aux législatives de 2010 pour un mandat de quatre ans, demeure en position de force.

"Tout cela a un air de déjà-vu" relève Crispin Hawes, directeur pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord d'Eurasia Group.

"Il est tout à fait possible qu'il soit remercié. Mais cela demanderait une conjonction des astres très précise. Cela exige une capacité de rassemblement dont il semble le seul à disposer dans l'ère post-Saddam", note-t-il.

"Si vous me demandez si je suis prêt à parier sur lui dans deux mois, je vous dis oui, absolument. Personne ne dispose d'autant d'options que lui", conclut-il.

Reidar Visser, spécialiste de l'Irak et auteur du site www.historiae.org, souligne pour sa part que le principal adversaire de M. Maliki, le bloc laïque Iraqiya, s'est "fragmenté depuis juin 2010". Même chose chez les Kurdes, quoique "de façon moins prononcée", estime-t-il. Ces deux composantes font partie du gouvernement d'union nationale au côté de l'alliance pan-chiite que dirige M. Maliki.

Au final, un renversement n'est pas forcément dans l'intérêt de tous, souligne-t-il, évoquant la poursuite d'un "scénario de dépatouillage". "En fin de compte, ce genre de flou va sans doute plaire à ceux qui ont trop d'intérêts au gouvernement pour courir le risque de le voir être dissous et recomposé".

Safia al-Souhail, députée indépendante initialement proche du mouvement de Maliki mais qui a par la suite rompu avec lui, estime que le "gouvernement est un échec", et que tous les composantes politiques d'Irak "en sont responsables".

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