WASHINGTON - "La plupart, sinon tous" les cancers utérins, provoqués en majorité par des papillomavirus humains, se développent dans des cellules spécifiques situées dans une seule région du col de l'utérus, selon des travaux publiés lundi aux Etats-Unis.

"Nous avons découvert une population de cellules distinctes, toutes situées dans une zone spécifique du col de l'utérus, qui pourraient être responsables de la plupart sinon de tous les cancers utérins résultant d'une infection par des papillomavirus humains", explique le Dr Christopher Crum, principal co-auteur de cette étude parue dans l'édition en ligne des Annales de l'Académie nationale américaine des sciences (PNAS), datées du 11 au 15 juin.

Le papillomavirus humain, dont deux types (16 et 18) comptent pour environ 70% des cas, est le plus fréquent facteur responsable du cancer du col de l'utérus.

Cette nouvelle découverte pourrait permettre aux cliniciens de distinguer dans des lésions précancéreuses du col de l'utérus les cellules bénignes de celles qui sont potentiellement dangereuses, permettant de mieux guider les médecins dans le choix du traitement.

Elle s'appuie sur une recherche antérieure du Dr Xian Wa, professeur adjoint de médecine à l'Université nationale de Singapour, et du Dr Frank McKeon, professeur de biologie cellulaire à la faculté de médecine de Harvard, aussi parmi les co-auteurs principaux de l'étude publiée dans le PNAS.

Les Dr Christopher Crum, à la tête du service de pathologie périnatale au Brigham and Women's Hospital à Boston (Massachusetts, nord-est), et Michael Herfs, de l'Université de Liège en Belgique, ont travaillé avec leurs collègues les Dr Xian et McKeon pour montrer que ces cellules ont une signature génétique unique également présente dans des cellules cancéreuses agressives du col de l'utérus.

En outre, ces chercheurs soulignent qu'une fois retirées du col de l'utérus, ces cellules ne se régénèrent pas. Cela ouvre la voie à une nouvelle méthode de prévention.

"Retirer ces cellules chez de très jeunes femmes avant qu'elles ne soient exposées à une infection de papillomavirus humains ou à des lésions précancéreuses pourrait notablement réduire le risque de cancer utérin", soulignent les auteurs de cette recherche dans un communiqué.

"Mais, ajoutent-ils, des recherches supplémentaires sont nécessaires pour évaluer les bienfaits et les risques de cette thérapie préventive potentielle."

De plus, la découverte de ces cellules spécifiques pourraient permettre d'améliorer la recherche sur le cancer du col de l'utérus, selon eux.

Avant cette découverte, les scientifiques soupçonnaient depuis des décennies l'existence de ces cellules spécifiques et leur rôle avec les papillomavirus dans le développement des cancers utérins, selon l'Institut national américain du cancer.

Dans beaucoup de pays en développement, cette forme répandue de cancer provoque un grand nombre de décès.

Ainsi, près de 530.000 femmes par an sont diagnostiquées dans le monde, et 275.000 en meurent, selon l'Organisation mondiale de la santé.

Aux Etats-Unis, quelque 12.170 nouveaux cas de cancer utérins agressifs seront diagnostiqués en 2012 et 4.220 femmes en décèderont, selon l'American Cancer Society.

Il existe pour l'instant deux vaccins offrant une bonne protection, mais seulement pour des jeunes filles avant leur premier rapport sexuel.

Cette recherche a été financée par la Defense Advanced Research Projects Agency, l'agence de recherche du Pentagone, les Instituts nationaux américains de la santé (NIH), le Conseil européen de la recherche et l'Institut du génome de Singapour.