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Birmanie: les violences intercommunautaires continuent malgré l'état d'urgence

11/06/2012 05:37 EDT | Actualisé 11/08/2012 05:12 EDT

SITTWE, Myanmar - La situation restait tendue, lundi, dans l'État de Rakhine, dans l'ouest de la Birmanie, où le gouvernement a déclaré l'état d'urgence dimanche soir après des affrontements intercommunautaires qui ont fait au moins sept morts et détruit des centaines de maisons depuis vendredi dans la région.

Il s'agit de l'un des épisodes de violences les plus meurtriers en Birmanie depuis des décennies. Le conflit, qui oppose la majorité bouddhiste rakhine à la minorité musulmane rohingya de la région, constitue un important test pour le gouvernement du président Thein Sein, qui tente de réformer le pays après des décennies de régime militaire. La gestion de la crise dans l'État de Rakhine sera observée avec attention par les pays occidentaux qui tentent d'encourager les réformes en Birmanie.

Le président Thein Sein a déclaré l'état d'urgence dans l'État de Rakhine et a demandé la fin des «vengeances anarchiques sans fin», prévenant que si la situation devenait hors de contrôle, elle pourrait menacer les réformes démocratiques en cours.

Les magasins, les écoles et les banques étaient fermées à Sittwe lundi. Un photographe de l'Associated Press présent dans la ville a vu plusieurs maisons brûlées ou saccagées dans le quartier de Mi Zan.

«Le centre de Sittwe est calme pour le moment, mais nous avons peur la nuit. Nous avons peur que les Rohingyas viennent dans des bateaux et qu'ils brûlent les villages le long de la rivière. Nous n'avons pas dormi depuis près d'une semaine», a raconté un résidant de Sittwe, Mya Thein, après la tombée de la nuit.

Même si des camions de l'armée patrouillaient la ville lundi soir, des violences sporadiques ont éclaté dans certains quartiers. On pouvait notamment voir de la fumée s'échapper d'au moins un quartier situé à environ 15 minutes de voiture du centre.

Des soldats et des policiers se sont précipités sur les lieux, tandis que des citoyens, hommes et femmes, se sont armés de bâtons et de lances en bambou pour protéger leur maison.

Les Nations unies ont indiqué avoir déplacé temporairement 44 de leurs 150 employés dans l'État de Rakhine. La télévision locale a affirmé que les trajets des navires de marchandises et de passagers à destination de Sittwe avaient été suspendus.

Selon une liste fournie par le Parti de développement des nationalités de Rakhine, un parti politique associé aux minorités du pays, 12 074 résidants de la région ont été déplacés dans des camps temporaires dans quatre villes de l'État.

Les violences, qui opposent l'ethnie rakhine de confession bouddhiste à la minorité rohingya de confession musulmane, ont commencé vendredi dans l'État de Rakhine, avant de se répandre samedi à Sittwe, la capitale de l'État.

Les troubles sont alimentés par le viol d'une jeune fille bouddhiste par trois présumés musulmans le mois dernier, et par le lynchage de 10 musulmans le 3 juin dans une apparente attaque de représailles. Mais les violences trouvent leur origine dans des tensions qui existent depuis longtemps entre les deux communautés.

Les Rohingyas sont considérés par le gouvernement comme des migrants illégaux originaires du Bangladesh, et ne sont pas officiellement reconnus parmi les minorités ethniques de Birmanie. Même si certains d'entre eux sont arrivés récemment, la plupart vivent dans la région depuis plusieurs générations. La position du gouvernement a fait d'eux un peuple sans État, et les groupes de défense des droits de la personne estiment qu'ils souffrent de discrimination.

«C'est une poudrière», explique Phil Robertson, directeur de Human Rights Watch pour la région asiatique. «Ces gens ont vraiment l'impression qu'ils sont coincés dans une boîte et qu'ils sont entourés d'ennemis, et le niveau de frustration est très élevé.»

Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés estime que 800 000 Rohingyas vivent dans l'État de Rakhine, situé près de la frontière avec le Bangladesh.

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