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Kenya: le ministre de la Sécurité intérieure tué dans un accident aérien

10/06/2012 06:44 EDT | Actualisé 10/08/2012 05:12 EDT

Le ministre kényan de la Sécurité intérieure George Saitoti, candidat à l'élection présidentielle et responsable-clé dans la lutte contre les islamistes somaliens, a été tué dimanche dans l'accident, aux causes encore indéterminées, de son hélicoptère, ainsi que cinq autres personnes à bord.

"Nous avons malheureusement perdu M. Saitoti et le ministre délégué (à la sécurité intérieure) Orwa Ojode", a déclaré le vice-président kényan Kalonzo Musyoka sur les lieux de l'accident, dans une forêt près de la capitale Nairobi.

Parmi les victimes se trouvent également la pilote Nancy Gituanja, son co-pilote et deux gardes du corps, a ajouté M. Musyoka.

Les responsables gouvernementaux n'ont pas évoqué de cause possible de l'accident de l'appareil, qui s'est écrasé à 08h30 locales (05h30 GMT) dans la forêt de Kibiku, dans les collines de Ngong proches de Nairobi, peu après avoir décollé de Nairobi à destination de l'ouest du Kenya pour un événement officiel.

Des enquêteurs s'exprimant sous couvert d'anonymat auprès de l'AFP ont dit privilégier à ce stade la thèse du mauvais temps en raison du brouillard, voire d'un problème mécanique.

Les islamistes somaliens shebab "se sont félicités" pour leur part de la mort de Saitoti, sans en revendiquer la responsabilité, dans une série de messages postés sur leur compte officiel twitter.

"Pour les centaines de musulmans tués ou déplacés par la brutale invasion du Kenya (en Somalie), la mort de Saitoti n'est qu'une goutte de justice dans une mer d'oppression", estiment les shebab.

"Les autres envahisseurs doivent s'attendre à ce que Allah inflige sa punition sur les Kuffar (infidèles), soit par lui-même, soit des mains des Moudjahidine", poursuit le mouvement islamiste.

L'armée kényane est entrée en octobre dernier en Somalie -- une décision alors annoncée par M. Saitoti --, où elle mène depuis, conjointement aux forces militaires d'autres puissances régionales, des opérations pour déloger les islamistes shebab de leurs bastions, dans ce pays livré à la guerre civile depuis plus de 20 ans.

Le Kenya a subi depuis une série d'attentats, d'ampleur relativement faible à ce stade, et attribués systématiquement par le gouvernement aux islamistes somaliens shebab.

"J'ai vu un appareil voler très bas, il est descendu soudainement et nous avons entendu une forte explosion, puis le feu s'est déclaré quand il a touché le sol", a rapporté à l'AFP un témoin, Ole Tolei, un fermier des environs.

"L'appareil a fait du sur-place, on a eu l'impression qu'il faisait demi-tour, puis il est descendu", a témoigné un autre habitant, Henry Lelei. Après l'accident, "nous nous sommes précipité sur place et il y avait une femme qui pleurait. Elle n'était pas brûlée, mais nous ne pouvions pas nous approcher car le feu était trop fort", a-t-il ajouté, évoquant la pilote de l'appareil. "Quand l'incendie s'est propagé nous avons dû fuir", a-t-il poursuivi.

L'appareil de la société Eurocopter avait été acquis il y a quelques mois seulement par la police pour les voyages de personnalités, et il était piloté par une équipe expérimentée, selon la police.

Les policiers ont trouvé sur les lieux du drame les corps calcinés et méconnaissables des victimes, des liasses de billets de banque, les pistolets des gardes du corps, et les débris de l'appareil dispersés sur des dizaines de mètres.

George Saitoti était ministre de la Sécurité intérieure depuis la réélection contestée de l'actuel président Mwai Kibaki en 2008. Il avait annoncé son intention de se présenter à la prochaine élection présidentielle, en principe en mars 2013, même si les sondages en faisaient à ce stade un challenger.

Il avait été ministre des Finances dès 1983, puis vice-président du Kenya pendant près de 13 ans, un record, avant de s'opposer au choix du président de l'époque Daniel Arap Moi d'adouber comme son successeur le jeune Uhuru Kenyatta, fils du premier président du Kenya indépendant Jomo Kenyatta.

M. Saitoti était alors passé au camp de l'opposant de l'époque Mwai Kibaki, et il avait occupé d'abord le poste de ministre de l'Education après l'élection de ce dernier en 2002. Le président kényan a annoncé un deuil national de trois jours.

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