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Grand Prix: plus de trente arrestations préventives ciblées

10/06/2012 05:12 EDT | Actualisé 09/08/2012 05:12 EDT

MONTRÉAL - Mieux valait ne pas arborer de rouge dimanche sur l'île Notre-Dame — à moins d'être un partisan de l'écurie Ferrari. Des dizaines de personnes, surtout des jeunes portant le carré rouge, se sont plaintes d'avoir été victimes de profilage social dans le métro et sur le site du Grand Prix de Formule un, qui se déroulait sous haute surveillance policière.

La relationniste du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Anie Lemieux, a reconnu que le carré rouge, symbole du mouvement étudiant, «attirait l'oeil des policiers», mais a précisé que ces derniers n'avaient pas reçu de consigne précise à cet égard. Il s'agissait pour eux «de surveiller ceux qui pourraient représenter une menace quelconque» ou qui faisaient montre d'un «comportement X», a-t-elle exposé.

En tout, les forces de l'ordre ont effectué 34 «arrestations préventives» en vertu de l'article 31 du Code criminel selon lequel «un agent de la paix qui est témoin d’une violation de la paix, comme toute personne qui lui prête légalement main-forte, est fondé à arrêter un individu qu’il trouve en train de commettre la violation de la paix ou qu’il croit, pour des motifs raisonnables, être sur le point d’y prendre part ou de la renouveler».

Ces individus ont été emmenés «dans un endroit sûr» avant d'être libérés quelques heures plus tard, a affirmé l'inspecteur Alain Simoneau, du SPVM, lors d'un point de presse qui s'est tenu en milieu d'après-midi. Deux personnes ont cependant été transférées vers un centre d'enquête, où l'on déterminera si des accusations criminelles pourraient être déposées, a précisé Anie Lemieux en début de soirée.

Le SPVM a par ailleurs indiqué que neuf autres personnes avaient été arrêtées dimanche en marge des événements du Grand Prix. Cinq seront accusées d'avoir commis des actes criminels — voies de fait, menaces à l'endroit des policiers et entrave au travail des policiers, entre autres — tandis que les quatre autres écoperont d'un constat d'infraction en vertu des règlements municipaux.

La multiplication de ces «arrestations préventives» préoccupe vivement les groupes étudiants, dont la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ).

«On est hautement inquiets de voir que plusieurs arrestations ou fouilles ont encore été faits sous des prétextes faibles, comme le fait de simplement porter un carré rouge ou encore d'être habillé en noir. Je trouve qu'on a franchi une ligne», a affirmé la présidente de la FEUQ, Martine Desjardins.

Éliane Laberge, présidente de la Fédération étudiante collégiale (FECQ), a abondé dans le même sens, parlant de façons de faire «complètement démesurées».

«C'est normal qu'il y ait une présence policière, mais des arrestations préventives contre des personnes portant le carré rouge ou qui semblent être des manifestants, cela me semble excessif. On devrait se sentir à l'aise et confortable de manifester et d'exprimer son opinion», a-t-elle commenté.

En soirée, quelques centaines de personnes sont parties du parc Émilie-Gamelin, au centre-ville de Montréal, pour la désormais traditionnelle marche nocturne, une 48e en autant de soirs. Celle-ci a été déclarée illégale dès son amorce peu avant 21h, puisque l'itinéraire n'avait pas été fourni aux policiers.

Certains actes de vandalisme étaient signalés environ une heure après le début de la marche. Des vitrines des édifices de la Caisse de dépôt et placement du Québec et de la Banque Nationale et d'une autre institution financière ont été brisées au centre-ville.

La police indiquait vers 22h30 qu'un avis de dispersion avait été suivi par la plupart des manifestants. Neuf personnes ont alors été interpellées en fonction de règlements municipaux alors que trois autres ont été arrêtées en vertu du Code criminel pour agression armée et entrave.

Métro sous haute surveillance

Les amateurs de Formule Un ayant opté pour le métro comme moyen de transport ont été très étroitement encadrés par les policiers, qui redoutaient un coup d'éclat de groupuscules anticapitalistes. Ces derniers, dont la Convergence des luttes anticapitalistes (CLAC), s'étaient tournés vers les médias sociaux pour inviter leurs militants à se rendre sur le quai de la ligne jaune, à la station Berri-UQÀM, et d'attendre «un signal» à 10h30.

Vers 10h35, l'alarme incendie a retenti dans la station. Les policiers ont réagi au quart de tour en procédant à plusieurs interpellations, tandis que leurs collègues dirigeaient le flux de passagers d'une main de fer. Aucune flânerie n'était tolérée.

À la station Jean-Drapeau, les visiteurs étaient accueillis par un imposant cordon policier. Entre 11h et 12h, des dizaines de personnes, surtout des jeunes, ont été interpellées, puis escortées jusqu'à un autobus. De nombreuses personnes, dont un journaliste de La Presse Canadienne en couverture et détenant une carte de presse, ont été refoulées vers le métro parce qu'elles n'avaient pas de billets pour le Grand Prix.

Certains, dont un jeune employé du restaurant du Casino qui se rendait au boulot, conserveront un goût amer du traitement auquel ils ont eu droit. «Ils (les policiers) ont pris mon sac, me l'ont confisqué et m'ont dit que je n'avais rien à dire», a dénoncé Jonathan, tremblant comme une feuille.

D'autres ont été arrêtées avec des sacs remplis de roches, de lunettes de skis et de divers objets comme des banderoles, ont indiqué des policiers interrogés sur place.

Pendant ce temps, les revendeurs de billets s'en donnaient à coeur joie sous le regard désintéressé des policiers. L'un d'entre eux, Joshua Tuck, a expliqué que les policiers les toléraient «parce que la seule chose qui les préoccupe, ce sont les manifestants».

«Ce qui s'est passé hier (les affrontements dans le centre-ville, samedi), c'est la meilleure chose qui pouvait nous arriver», a lancé, l'air ravi, un autre revendeur.

L'omniprésence des policiers et le rigoureux contrôle exercé aux divers points de contrôle n'ont pas semblé déranger outre mesure la plupart des touristes interrogés sur le site du Grand Prix.

«Écoutez, je n'ai rien à cacher, alors s'ils veulent regarder ce qu'il y a dans mon sac, ça m'est égal. Si quelqu'un veut y cacher quelque chose, ça devient son problème, c'est tout», a lancé Adrian, un touriste qui a fait le chemin depuis le Maine pour assister au triomphe de Lewis Hamilton.

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