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France: la gauche est en position favorable sur fond de forte abstention

10/06/2012 04:21 EDT | Actualisé 10/08/2012 05:12 EDT

PARIS - Si la gauche, PS en tête, se trouvait en ballottage favorable dimanche soir à l'issue du premier tour des élections législatives, l'abstention est sortie grande gagnante de ce scrutin, pour lequel plus de 46 millions de Français étaient invités à choisir leur député, un mois après la victoire de François Hollande à la présidentielle.

Conséquence d'une campagne qui n'aura guère passionné et d'une météo maussade, la participation n'a pas dépassé 57 pour cent des électeurs inscrits en France métropolitaine, selon les dernières estimations, soit une nette baisse par rapport à 2007 (63,4 pour cent).

Facteur-clé de ce scrutin, l'abstention devait décider du nombre de triangulaires avec le Front national, nettement plus risquées pour l'UMP et ses alliés que pour la gauche. Au final, il ne devait y en avoir qu'une petite trentaine.

Avec une abstention à environ 43 pour cent, soit 22,5 points de plus qu'à la présidentielle (20,5, un candidat avait besoin d'environ 22 pour cent des suffrages exprimés au premier tour pour atteindre la barre des 12,5 pour cent d'inscrits nécessaire à son maintien au second tour.

S'agissant du rapport des forces, les instituts de sondages créditaient la gauche d'environ 47 pour cent des voix (dont 35 pour cent au PS, 6,5 à 7 pour cent au Front de gauche et 5 à 5,3 pour cent à Europe Ecologie-Les Verts) contre 35 à 35,4 pour cent à l'UMP et 13,5 pour cent au FN.

Quant aux prévisions en termes de sièges, rendues hasardeuses par l'absence de référence historique dans les circonscriptions modifiées par le redécoupage de 2009, le PS et les radicaux de gauche en obtiendraient 275 à 315, l'UMP et ses alliés 230 à 270, EELV 12 à 18, le Front de gauche 13 à 19 et le FN 0 à 3.

Pour le Parti socialiste, qui a déjà conquis le Sénat l'automne dernier, l'enjeu principal est de confirmer le résultat de la présidentielle pour offrir à François Hollande une majorité à l'Assemblée nationale. L'ambition du PS est d'obtenir au second tour une majorité absolue avec ses alliés radicaux de gauche, soit au moins 289 députés sur 577, faute de quoi il devrait composer avec EELV et le Front de gauche.

A cette fin, le gouvernement avait exhorté les électeurs à donner au président une majorité "solide" et "cohérente" au Palais Bourbon. Un message répété dimanche soir par le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, qui a rappelé que "sans majorité, aucune loi ne pourra être votée".

"Les Français ont dit leur soutien, à l'évidence, au changement et même leur volonté d'amplification", s'est réjouie la Première secrétaire du PS Martine Aubry. "Ils ont apprécié que les engagements soient tenus", a-t-elle ajouté, avertissant toutefois que "rien n'est joué" pour le second tour de dimanche prochain.

François Hollande, en déplacement à Tulle (Corrèze) pour ce week-end, a voté dans son fief. Le nouveau chef de l'Etat est ensuite rentré à Paris dans l'après-midi pour suivre la soirée électorale depuis l'Elysée.

A droite, on entend profiter de ces élections pour empêcher la gauche de détenir tous les niveaux de pouvoir et contrer un programme jugé "néfaste". Si tel est l'objectif affiché, l'UMP souhaitait surtout éviter une défaite trop marquée, après le revers de Nicolas Sarkozy à la présidentielle, ce qui n'aurait pas manqué d'attiser la guerre des chefs avant le congrès d'octobre.

Le pari semble réussi puisque, comme l'a noté François Fillon, "il n'y a pas de vague rose", donc "pas d'appétence" pour le projet de François Hollande. L'ex-chef du gouvernement a ajouté qu'il n'y aurait "jamais d'alliance" avec le FN. Au second tour, a-t-il assuré, "nous allons maintenir nos candidats partout, partout où ce sera possible".

"Les jeux ne sont pas si faits que cela", a pour sa part considéré Jean-François Copé. Le secrétaire général de l'UMP a de fait appelé "à la mobilisation générale des Françaises et des Français qui ne veulent pas que tous les oeufs soient mis dans le même panier".

Fort du score de Marine Le Pen à la présidentielle (17,9, le FN vise un retour à l'Assemblée nationale après 26 ans d'absence (exception faite du court passage de Jean-Marie Le Chevallier en 1997-1998). Mais cet espoir semble ténu compte tenu du peu de circonscriptions (55 à 65) où pourraient se maintenir des candidats frontistes.

Les prévisions étaient encore plus pessimistes pour le MoDem, qui pourrait ne garder aucun de ses trois députés, son chef de file François Bayrou étant en position très défavorable dans sa circonscription des Pyrénées-Atlantiques où une triangulaire risque de le faire disparaître du paysage national.

"L'enjeu de cette bataille, c'est qu'il y ait à l'Assemblée nationale des voix libres, des votes libres (...) et pas seulement des députés inféodés à l'un des deux principaux partis", a-t-il résumé, la mine sombre.

Du côté d'EELV, qui a conclu avec le PS un accord lui accordant une vingtaine de circonscriptions gagnables, le but est d'obtenir un groupe à l'Assemblée, soit au moins 15 députés, ce qui est loin d'être acquis. Un objectif que partage lui aussi le Front de gauche de Jean-Luc Mélenchon. Défait par Marine Le Pen et le socialiste Philippe Kemel dans la très médiatique 11e circonscription du Pas-de-Calais, le leader du Parti de gauche s'est officiellement désisté pour l'autre candidat de gauche.

Autres personnalités scrutées à l'occasion de ce premier tour, plusieurs ministres se trouvaient en situation incertaine: Pierre Moscovici (Economie), Stéphane Le Foll (Agriculture) et Aurélie Filippetti (Culture) étaient en ballottage très favorables, respectivement dans le Doubs, la Sarthe et la Moselle.

Laurent Fabius (Affaires étrangères), Victorin Lurel (Outre-mers), Delphine Batho (déléguée auprès du Garde des Sceaux), Bernard Cazeneuve (Affaires européennes), Frédéric Cuvillier (Transports) ont, eux, été réélus au premier tour.

Ségolène Royal, présidente de la région Poitou-Charentes et candidate déclarée au "perchoir" de l'Assemblée, était quant à elle en tête à La Rochelle, mais menacée dans une triangulaire périlleuse par le dissident socialiste Olivier Falorni qu'elle a appelé à se désister en sa faveur.

De leur côté, les ex-ministres UMP Xavier Bertrand et Nathalie Kosciusko-Morizet étaient en ballotage plutôt favorable dans l'Aisne et l'Essonne. Quant à Henri Guaino, ex-conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, il était confronté au dissident Olivier Delaporte dans la 3e circonscription des Yvelines,

Au total, plus de 6600 candidats, dont 40 pour cent de femmes, étaient en lice pour les 577 sièges de l'Assemblée nationale: 539 pour les départements de métropole, 19 pour ceux de l'outre-mer et -pour la première fois- 11 pour les Français établis à l'étranger, une nouveauté introduite par la réforme constitutionnelle de juillet 2008.

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