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Euro-2012 - Religieux et nationalistes, jour de manif à Lviv

10/06/2012 11:20 EDT | Actualisé 10/08/2012 05:12 EDT

L'Euro-2012 n'arrête pas la vie politique en Ukraine, au contraire: le tournoi de football offre une tribune pour des combats locaux ou nationaux, comme à Lviv où une congrégation religieuse et des opposants à la langue russe ont manifesté en nombre dimanche.

A l'angle de la place Rynok, où se trouve l'hôtel de ville, une trentaine de silhouettes féminines à robes noires déboule en chantant "alléluia", suivie de quelque 200 personnes, sous le soleil galicien de mi-journée.

Des pancartes dénoncent la "discrimination" dont se rendrait coupable la mairie en voulant "détruire" la chapelle des soeurs de cet ordre. Il s'agit de l'Eglise orthodoxe grecque-catholique d'Ukraine (acronyme anglais: UOGCC), aux quelque 2000 fidèles selon l'un d'eux, et dont le prêtre Markiyan donne un discours.

"Les soeurs ont reconstruit le toit de leur chapelle et la mairie a dit qu'il manquait des documents, explique à l'AFP un porte-parole, Viktor Pecheniuk (22 ans). Nous avons beaucoup parlé avec le maire, mais il ne nous aime pas."

Autre son de cloche à la mairie. "Ils manifestent, c'est leur liberté, et personne ne veut les détruire, confie à l'AFP un haut responsable et proche de l'édile Andriy Sadovyy qui requiert l'anonymat. Ils ont pris possession avec agressivité de ce bâtiment, qui est revendiqué par une autre communauté religieuse. C'est juste un conflit d'intérêt."

Devant l'hôtel de ville, une autre fidèle, Alla Posina (37 ans), détaille les revendications de l'UOGCC: la lutte contre la drogue et l'euthanasie mais aussi "les lois européennes favorables aux homosexuels", et contre "les franc-maçons, qui dirigent tout et soutiennent les gays"...

La congrégation fait le tour de l'hôtel de ville puis disparaît, bientôt remplacée par une foule beaucoup plus nombreuse de plusieurs centaines de personnes.

"Protéger la langue nationale"

Des drapeaux de partis politiques flottent au vent: il y a là l'Union de l'opposition, dont fait partie le Bloc Timochenko (du nom de l'ancienne Première ministre actuellement incarcérée à Kharkiv), et des partis nationalistes. Mais aussi une pancarte qui énonce en anglais: "Russification: génocide de l'Ukraine", illustrée par le dessin d'une tête de jeune femme à coiffe traditionnelle, le visage défiguré par des fils barbelés.

Ils protestent contre un projet de loi, conçu par des parlementaires partisans du président Viktor Ianoukovitch, élargissant les droits d'utilisation officielle de la langue russe dans le pays, une langue à l'usage courant dans la moitié orientale dont est issu le chef de l'Etat. L'opposition estime que l'adoption d'une telle loi reviendrait à donner au russe le statut de deuxième langue officielle, à côté de l'ukrainien.

Signe de la sensibilité du sujet, la présentation de ce texte le 24 mai avait occasionné une bagarre entre plusieurs dizaines de députés dans l'enceinte du Parlement à Kiev, certains finissant même à l'hôpital !

Devant l'hôtel de ville de Lviv, ce dimanche après-midi, les intervenants haranguent la foule pour "protéger la langue nationale, ce qu'il y a de plus important en Ukraine", comme le dit Irina Farion, députée au Parlement régional de Svoboda (Liberté), parti nationaliste assez populaire dans l'ouest du pays.

"Le maire pense qu'il ne faut pas utiliser la langue pour diviser, mais pour construire le pays, avance le haut responsable municipal. Or, cette loi divise le pays. Les populations de l'est et de l'ouest sont différentes pour des raisons historiques, mais il faut apprendre à se respecter. On rencontre ce cas dans d'autres pays, comme le Canada, la Belgique ou l'Espagne". Où la question linguistique demeure effectivement brûlante.

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