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A Jénine, la vitrine de la stabilité palestinienne se fissure

10/06/2012 03:59 EDT | Actualisé 09/08/2012 05:12 EDT

Zakaria Zoubeïdi, chef de guerre repenti passé au théâtre, symbolisait l'ordre revenu à Jénine. Mais son arrestation après la mort du gouverneur illustre le risque d'une résurgence des groupes armés palestiniens en Cisjordanie.

Déterminée à préserver l'un des principaux acquis dans la mise en place de ses institutions étatiques, l'Autorité palestinienne a dépêché des centaines de policiers en renfort à Jénine et son président Mahmoud Abbas a exhorté Israël à lui "permettre d'importer les armes pour la police palestinienne".

Surnommée "Jéningrad" par le défunt président Yasser Arafat, en hommage à la résistance acharnée de ses combattants contre l'armée israélienne en 2002, la ville a été, sous l'impulsion du gouverneur Qaddoura Moussa, l'une des premières de Cisjordanie reprises en main par la Sécurité palestinienne, sous la supervision du général américain Keith Dayton.

Les failles de cette stabilisation saluée par les donateurs internationaux comme les responsables militaires israéliens sont néanmoins apparues au grand jour début mai, au moment du décès du gouverneur, qui a succombé à une crise cardiaque après des tirs contre la façade de sa maison.

Ces tirs ont été imputés à une famille ulcérée par le refus des autorités d'ouvrir une enquête sur la mort d'un des siens lors d'une arrestation.

"Les armes doivent être sous contrôle, il ne peut pas y avoir d'armes hors du cadre de la légalité", a déclaré à l'AFP le nouveau gouverneur nommé par Mahmoud Abbas, le général du renseignement Talal Dweikat, qui a lancé une opération coup de poing.

Selon des sources de sécurité, au moins 70 personnes ont été arrêtées en mai. Parmi elles, plus d'un tiers de membres des services de sécurité, ainsi que des chefs de groupes paramilitaires comme Zakaria Zoubeïdi, qui avait déposé les armes en 2007 et participé à la création dans Jénine du Théâtre de la Liberté.

"Nous ne permettrons à personne de s'abriter derrière l'appartenance aux services de sécurité, à une organisation ou à un clan. Chacun assume sa responsabilité individuelle et nul n'est au-dessus de la loi", a prévenu M. Dweikat.

"Jénine a souffert et souffre encore de l'occupation. C'est le citoyen palestinien qui est visé et il a le droit d'être en sécurité chez lui. Sans sécurité et sans confiance, il ne peut y avoir ni éducation, ni réussite économique, ni développement. Et il y aura une fuite des cerveaux et des investissements", a-t-il ajouté.

Selon des responsables et des habitants, la situation a commencé à se dégrader après l'assassinat en avril 2011 du directeur israélo-palestinien du théâtre, Juliano Mer-Khamis, qui n'a toujours pas été élucidé malgré les nombreuses interpellations effectuées par la sécurité palestinienne et l'armée israélienne.

"L'Autorité palestinienne a commis une grave erreur par sa désinvolture après l'assassinat de Juliano Mer-Khamis. Ce qui est arrivé ensuite à Jénine en est la conséquence", souligne une source de sécurité palestinienne.

Dernier en date, le responsable artistique du Théâtre de la Liberté, Nabil al-Raï, a été arrêté mercredi par l'armée israélienne.

Avant lui, une dizaine d'employés du théâtre avaient récemment été convoqués dans une base militaire et interrogés "de manière très intimidante et menaçante", selon le directeur administratif théâtre, Jonatan Stanczak.

"Ils posaient aussi des questions sur la situation à Jénine en termes de sécurité", ajoute-t-il, un signe de l'inquiétude croissante de l'armée israélienne.

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