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Une rare lettre manuscrite en anglais de Napoléon sous le feu des enchères

09/06/2012 01:32 EDT | Actualisé 09/08/2012 05:12 EDT

PARIS - "It is two o'clock in the morning, I have enew (sic) sleep" (Il est 2h du matin et j'ai assez dormi)... Si aux premières heures de ce 9 mars 1816, en exil sur l'île de Sainte-Hélène, Napoléon ne faillit pas à sa réputation d'insomniaque, sa grammaire anglaise est encore hésitante.

Adressée à son compagnon d'isolement, le comte Emmanuel de Las Cases, la rare lettre autographe débutant par ces mots constitue le temps fort de la dispersion organisée dimanche à Fontainebleau par la maison de ventes Osenat. Une missive estimée entre 60 000 et 80 000 euros (77 376 $ et 103 168 $).

Au-delà de la rareté historique, puisque que seules trois lettres écrites en anglais par Napoléon sont répertoriées dans le monde, dont l'une est aux archives de la Bibliothèque nationale de France, cette lettre expédiée à celui qui devint, en plus d'être un fidèle, le professeur d'anglais particulier de l'empereur déchu, est remarquable à plus d'un titre.

"Ce manuscrit est avant tout un témoignage historique aussi précis que poignant des conditions d'isolement, de solitude et du quotidien, vécues par Napoléon à Longwood, sur cet îlot rocheux de Sainte-Hélène que même les Britanniques avaient alors du mal à situer dans l'Atlantique Sud", explique à l'Associated Press Jean-Christophe Chataigner, responsable du département Empire chez Osenat.

"La période de la fin de vie de Napoléon fascine d'autant plus que son issue est tragique et cela a contribué au mythe du personnage qui fut à la tête de toute l'Europe", ajoute l'expert en référence à l'hégémonie politique et culturelle de la France à l'apogée de l'Empire. Corollaire de cette période faste, "on parlait français jusque dans la bourgeoisie anglaise et tous les traités et conventions étaient rédigés en français", note M. Chataigner.

Du coup, la missive écrite et adressée en anglais à Las Cases prend une saveur particulière qui ne devrait échapper ni aux institutionnels, ni aux grands collectionneurs internationaux, dont certains vouent un véritable culte à Napoléon, assure la maison de ventes.

Ce sont autant l'orgueil de comprendre la langue de ses geôliers, que la volonté inflexible de savoir ce qu'on disait de lui tant dans la presse locale (anglophone) de Sainte-Hélène que dans les dépêches provenant de Londres et de partout en Europe, qui ont poussé Napoléon à s'atteler à l'apprentissage de la langue de Shakespeare.

Et la tâche fut rude. Las Cases en témoigne dès janvier 1816: Napoléon "est venu à remarquer qu'il était honteux qu'il ne sût pas encore lire l'anglais", écrit ce fidèle dans son "Mémorial de Sainte-Hélène", soulignant qu'après quinze jours de cours assidus, son illustre élève faisait "tantôt preuve d'une ardeur admirable, tantôt d'un dégoût visible".

Un mois plus tard, en dépit de ses difficultés à mémoriser et de blocages manifestes à appréhender la grammaire, Napoléon travaillait son anglais de trois à cinq heures par jour, d'où, en toute logique, des progrès qui le "réjouissaient tel un enfant", écrit encore Las Cases.

En plus de la précieuse missive, plusieurs belles pièces Empire figurent au catalogue de la vente, dont un portrait de Joséphine Fridix à la harpe par Henri-François Riesener, deux assiettes de porcelaine de Sèvres dont les dessins par Swebach illustrent des fables de La Fontaine ou encore un fauteuil d'apparat en bois rechampi blanc et or ayant appartenu au maréchal Berthier.

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