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La nouvelle Libye confrontée à des défis de sécurité avant les élections

09/06/2012 06:54 EDT | Actualisé 09/08/2012 05:12 EDT

Danger islamiste, milices incontrôlables ou menaces de partisans kadhafistes: la nouvelle Libye fait face à des défis sécuritaires grandissants au moment où le pays s'apprête à organiser ses premières élections en plus de quarante ans.

Des attaques ces derniers jours contre une mission de l'ambassade américaine, des locaux de la Croix Rouge et un convoi de l'ONU à Benghazi (est), ont suscité des craintes sur une montée en puissance des islamistes radicaux, dont ceux d'Al-Qaïda.

L'attaque mardi contre la mission américaine, qui a été revendiquée par un groupe islamiste selon des sources au sein des services de sécurité libyens, a été perpétrée au lendemain de la mort du numéro deux d'Al-Qaïda, le Libyen Abou Yahya al-Libi.

"La multiplication des incidents depuis deux mois laisse penser qu'il ne s'agit pas uniquement d'actes isolés mais d'une montée en puissance d'Al-Qaïda, qui profite de la grande faiblesse de l'autorité centrale, et qui semble disposer de nombreux relais" dans l'Ouest et dans l'Est du pays, estime Karim Bitar, directeur de recherche à l'Institut des relations internationales et stratégiques (Iris).

"Ce phénomène est inquiétant, pas uniquement pour la Libye mais pour tout le monde arabe car les leaders d'Al-Qaïda en Libye sont toujours dans une logique de +jihadisme international+ et n'hésitent pas à envoyer des combattants en Syrie ou ailleurs", ajoute-t-il.

Mais le porte-parole du Conseil national de transition (CNT), Mohammed al-Harizi, a minimisé la portée des attaques, affirmant qu'il n'y avait aucune preuve d'une activité d'Al-Qaïda en Libye, sans toutefois écarter l'existence de "sympathisants individuels".

Claudia Gazzini, analyste pour la Libye de l'International Crisis Group, affirme que des éléments affiliés à Al-Qaïda sont présents dans l'Est libyen, où la plupart des attentats ont eu lieu. Mais pour elle, il est "trop tôt" pour conclure qu'Al-Qaïda a mené l'attaque sur la mission américaine.

"Ces violences peuvent provenir de différents types de groupes, pas uniquement d'Al-Qaïda: des milices mécontentes, des partisans de Kadhafi ou des groupes salafistes locaux qui ne sont pas nécessairement Al-Qaïda", ajoute-t-elle.

La prise de contrôle cette semaine de l'aéroport de Tripoli par des ex-rebelles voulaient protester contre la disparition de son chef a aussi ravivé les craintes sur l'impuissance des nouvelles autorités devant ces milices qui n'hésitent pas à utiliser les armes pour se faire entendre.

Les autorités ont renforcé la sécurité à l'aéroport et dans la capitale, mais exprimé des craintes quant à la possibilité d'une recrudescence des violences à l'approche des élections prévues en juin, mais à une date encore non déterminée.

Le ministère de l'Intérieur a annoncé avoir reçu des rapports des services de sécurité faisant état de plans de partisans kadhafistes pour perturber le déroulement du scrutin.

"Nous savons bien qu'il y a des gens qui ne veulent pas que les élections aient lieu", a déclaré Ibrahim Al-Charkassia, un haut responsable du ministère de l'Intérieur, ajoutant qu'un plan impliquant 45.000 éléments des services de sécurité est prévu pour garantir le scrutin.

Des rumeurs insistantes font état toutefois d'un éventuel report des élections pour des raisons logistiques.

Le nouveau régime lutte aussi contre les flambées épisodiques de violences tribales, la plupart du temps dans les zones frontalières au sud et à l'ouest du pays, où se joue une lutte pour le contrôle de la contrebande.

Ainsi, des combats ont repris samedi entre la tribu des Toubous et des forces liées à l'armée libyenne à Koufra, après des affrontements meurtriers en février et en avril.

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