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Euro-2012 - Ukraine: Lviv, berceau du masochisme

09/06/2012 09:37 EDT | Actualisé 09/08/2012 05:12 EDT

La cravache claque, la serveuse crie et le client rit, le dos douloureux: bienvenue au Masoch Café, un bar ukrainien de Lviv où est né l'écrivain Leopold von Sacher-Masoch (1835-1895), qui a fondé le masochisme à travers sa principale oeuvre, "La Vénus à la fourrure".

L'origine du "masochisme" (quête du plaisir au moyen de la douleur physique ou morale) est moins connue que celle du "sadisme" (Sade), même à Lviv, ville de l'ouest de l'Ukraine qui appartint notamment à la Pologne et à l'Autriche.

Aucune rue ne rend hommage à cet auteur sulfureux. Aucune documentation n'est disponible au service d'information municipal.

"Lviv est une ville conservatrice, il y a un temps pour tout, glisse à l'AFP le maire Andriy Sadovyy, sourire en coin. C'est un personnage intéressant, qui a créé une doctrine. Avec le développement de la ville, il y aura de nouvelles rues. Peut-être une à son nom ?"

"On en est plutôt fier, il a laissé une grande empreinte dans la littérature, mais comme son père était autrichien, qu'il écrivait en allemand et qu'il est parti jeune de Lviv, les Ukrainiens ne se l'approprient pas vraiment", explique pour sa part Lubomyra Kril, responsable d'une librairie.

Le personnage sulfureux reste une curiosité pour les lettrés: les deux grandes librairies du centre-ville, Yé (être) et Litera (lettre), étaient samedi en rupture de stock de ses oeuvres.

Le lien de Sacher-Masoch avec Lviv (alors nommée Lemberg) se retrouve dans certains de ses poèmes et dans "La Vénus à la fourrure", dont le personnage éponyme est une "veuve de Lwow" (nom polonais de la ville, utilisé dans la traduction française), en villégiature en Galicie et qui va mettre le narrateur au supplice - à sa demande.

Car, comme le clame ce narrateur: "Si je ne peux jouir pleinement et parfaitement du bonheur de l'amour (...), je veux être maltraité et trahi par une femme que j'aime. Plus elle sera cruelle, mieux cela vaudra. C'est aussi une jouissance!"

Ce genre de plaisir paradoxal est porté aux nues dans le Masoch Café, qui fait office de petit musée. A son ouverture en 2008, "tout le monde lisait +La Vénus en fourrure+ dans le tram et le bus", se souvient Ilona, une bénévole à l'Euro-2012.

Une statue de Sacher-Masoch, à taille réelle, accueille le pékin. L'intérieur présente un cadre très sensuel, avec les moulages d'un sexe masculin et d'un buste féminin, de petits canapés garnis de chaînes dans la cave et des cartes de menus à fourrure montées sur talons. Un écran diffuse en alternance films érotiques, images d'actualité et extraits de classiques.

Au menu, des pénis et testicules de boeuf, mais aussi des "orgasmes" en dessert et des cocktails nommés "fellatio", "breast milk" (lait maternel) ou "masochito". Mais ce sont surtout les serveuses qui remettent au goût du jour les pratiques chères à ce bon vieux "Leopold", comme elles l'appellent.

Une jeune femme de Kiev, en goguette à Lviv avec deux amies, a réclamé un traitement spécial. Une serveuse lui bande les yeux, lui glisse des mots à l'oreille, des glaçons dans le dos et entre les seins, lui verse de l'alcool dans la bouche, lui secoue la tête puis la fouette au martinet. La cliente s'esclaffe, ses copines pouffent.

Un groupe de supporters allemands s'essaie également à la punition. Oksana Voloshyn (26 ans), qui travaille depuis six mois dans ce café-restaurant, est la plus active des serveuses, et assure le spectacle, en "maîtresse" châtiant ses "esclaves".

Elle fouette, et sa victime consentante, pliée contre le dossier d'une chaise, doit lancer le mot d'ordre qu'elle lui aura intimé à chaque claquement, un "miaou!", un "I'm sexy and I know it!" (je suis sexy et je le sais)... "Ici, nous fouettons les clients et ils aiment ça, raconte-t-elle fièrement. Et quand ils sont fouettés, ils donnent plus de pourboire".

Maso, on vous dit !

ybl/nip

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