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WikiLeaks: les espoirs de Bradley Manning à nouveau douchés

08/06/2012 03:58 EDT | Actualisé 08/08/2012 05:12 EDT

Les espoirs du soldat Bradley Manning ont été à nouveau douchés vendredi, la juge militaire chargée de l'affaire ayant refusé d'abandonner dix des 22 charges pesant contre la "taupe" présumé de WikiLeaks, dont le procès a encore été reporté de plusieurs mois.

Au troisième et dernier jour d'une audience préliminaire sur la base militaire de Fort Meade (Maryland, est des Etats-Unis), la juge Denise Lind a ainsi rejeté deux nouveaux recours de la défense.

L'ancien analyste du renseignement en Irak encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Son procès en cour martiale, d'abord fixé au 21 septembre, ne commencera finalement pas avant novembre ou même janvier 2013, le temps de tenir plusieurs audiences préliminaires supplémentaires.

Vêtu de son habituel uniforme bleu marine, Bradley Manning, assis entre ses avocats, n'a pas réagi à l'énoncé des décisions de la présidente de la cour. David Coombs, son conseil civil, l'a réconforté d'une accolade quand l'espoir de voir tomber les deux derniers chefs d'inculpation s'est évanoui.

Les accusations "ne sont ni anticonstitutionnellement vagues ni substantiellement trop larges", a déclaré la juge. "La Cour suprême a rejeté des allégations similaires sur le caractère vague" de la loi, a-t-elle énoncé, en lisant sa décision d'un ton monocorde et expéditif.

En conséquence, la motion sur huit chefs d'accusation de "détention illégale et transmission" d'informations classifiées est "rejetée", a-t-elle tranché.

De la même façon, elle a retoqué le deuxième recours de la défense qui portait sur deux chefs d'inculpation "d'usage excessif et en connaissance de cause" de l'autorisation d'accès au système informatique du gouvernement.

Dans cette argutie juridique, la magistrate, qui semblait pourtant encline à donner raison à la défense, a préféré donner une nouvelle chance au gouvernement, qui devra repréciser ses accusations et laisser au jury militaire le soin de décider si le délit est constitué ou non.

"Cela a augmenté la pression pour le gouvernement qui doit faire davantage pour prouver ces accusations", a explicité un expert juridique. Mais la défense a fait savoir qu'elle ne lâcherait pas et qu'elle réintroduirait son recours.

La justice américaine reproche au jeune soldat d'avoir téléchargé depuis les ordinateurs du gouvernement puis transmis à WikiLeaks, entre novembre 2009 et mai 2010, des documents militaires américains sur les guerres en Irak et en Afghanistan, et 260.000 dépêches du département d'Etat, déclenchant une tempête dans la diplomatie mondiale.

Il a été formellement accusé fin février de "collusion avec l'ennemi", la plus grave des 22 charges qui lui vaut d'encourir la réclusion criminelle à perpétuité. En avril, la juge Lind avait rejeté de la même façon une requête de la défense qui demandait l'abandon de ce chef d'accusation.

Au cours des trois journées d'audience, Bradley Manning a tout de même obtenu une victoire partielle quand la juge a ordonné que certains documents gouvernementaux que ses avocats réclamaient lui soient remis.

Les avocats du soldat, qui dénoncent un "accès inéquitable" aux rapports du gouvernement, ont précisé qu'à peine 28 des 63 documents nécessaires à la défense de l'accusé avaient été à ce jour mis à leur disposition.

Ils cherchent à obtenir des éléments matériels afin de se faire une idée des conséquences réelles des fuites dont est accusé Manning. Le gouvernement américain affirme que ces fuites ont mis en danger sa sécurité nationale, mais la défense compte prouver le contraire. Aucun rapport évaluant précisément les éventuelles conséquences n'a été publié pour l'heure.

chv/sf

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