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Pour le cyclisme, l'efficacité du passeport biologique se voit en course

08/06/2012 02:25 EDT | Actualisé 08/08/2012 05:12 EDT

Quatre ans après s'être lancée dans le passeport biologique, la fédération internationale de cyclisme (UCI) reste convaincue de son efficacité, qui doit se juger, selon elle, aux changements notables observés en courses, plutôt qu'au faible nombre de coureurs sanctionnés.

A trois semaines du Tour de France, l'UCI s'est efforcée vendredi de dissiper les doutes sur l'intérêt de ce programme, lourd et coûteux dans sa mise en place, face au scepticisme de certains qui remarquent qu'elle n'a rapporté aucun nouveau cas de dopage sur la base du passeport depuis mai 2010.

Certes, l'UCI n'a attrapé que huit coureurs, dont le plus connu est l'Italien Franco Pellizoti, à partir des variations anormales de leurs biomarqueurs, mais elle rappelle qu'une trentaine d'autres, dont le profil était suspect, ont été contrôlés positifs à la suite d'un test ciblé.

"Pour juger de l'efficacité du passeport, il ne faut pas compter les cas sanctionnés, mais il faut nous baser sur l'effet dissuasif", a insisté Mario Zorzoli, le conseiller scientifique de l'UCI.

Cet effet dissuasif ne se résume pas à la peur des contrôleurs. "Ce profil suit l'athlète, c'est une empreinte biologique que vont nous demander les équipes quand elles veulent engager un coureur, avec son accord évidemment. Cette évaluation a évité dans certains cas d'engager des coureurs, a raconté le médecin. De même, nous sommes au courant d'athlètes qui n'ont pas été sélectionnés dans des compétitions majeures parce que leur passeport n'était pas normal".

Pour le président de l'UCI, Pat McQuaid, "la preuve de l'efficacité du passeport est sur la route, dans la course elle-même".

Il note par exemple que "dans les étapes de montagne, on ne voit plus de leader d'une équipe entouré de trois ou quatre coéquipiers. Il finit l'ascension tout seul, et ce n'était pas le cas à la grande époque de l'EPO".

Il observe aussi, à travers les choix d'aligner tel ou tel coureur sur des compétitions, que "des équipes prennent désormais une approche d'entraînement plus correcte scientifiquement et physiologiquement, ce qui n'était pas forcément nécessaire avec l'EPO".

"Je ne vais pas dire que le cyclisme a gagné la guerre contre le dopage, mais je dirai que nous avons pris un tournant, et que le peloton est plus propre qu'il ne le fut", a estimé Pat McQuaid.

Pour autant, "le passeport n'est pas la panacée" répète l'UCI. Qui dit nouvelle méthode de détection du dopage, dit modification des pratiques dopantes. Si dans les profils, les variations ne sautent plus aux yeux comme il y a trois ans, c'est parce que le dopage se fait désormais par des microdoses prises régulièrement.

"Quand les profils ont l'air trop parfaits, on va demander un autre contrôle", a affirmé Neil Robinson, responsable de l'unité de gestion du passeport biologique au sein du laboratoire antidopage de Lausanne.

Pour une meilleure indépendance entre qui contrôle et qui sanctionne, indépendance à laquelle tient la justice sportive, l'UCI a délégué depuis le début de l'année la gestion logistique du passeport à cette cellule.

Le suivi du dernier Giro, en mai, s'est fait ainsi de manière plus réactive. "Dès qu'il y avait quelque chose, on demandait un ciblage immédiat", a souligné Francesca Rossi, directrice la Fondation antidopage du cyclisme.

A défaut de convaincre une partie de l'opinion que le cyclisme a changé, l'UCI se satisfait d'être citée désormais en exemple par l'Agence mondiale antidopage (AMA), avec laquelle elle fut autrefois en conflit.

stp/el

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