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Manifestations en Syrie et exaspération face à l'impuissance de l'ONU

08/06/2012 08:20 EDT | Actualisé 08/08/2012 05:12 EDT

Des milliers de Syriens sont descendus vendredi dans la rue pour manifester contre le régime et réclamer des armes de l'étranger en exprimant leur exaspération à l'égard de la communauté internationale, impuissante à faire arrêter les violences.

Dans le même temps, les observateurs de l'ONU devaient essayer, après une tentative infructueuse jeudi, de se rendre sur les lieux du massacre d'Al-Koubeir (centre) imputé par l'opposition aux forces du régime.

Ce massacre, qui a fait 55 morts mercredi, dont des femmes et des enfants, avait soulevé un tollé international, le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon estimant que le président Bachar al-Assad avait perdu toute légitimité.

De nombreux Syriens commençaient à défiler dans les rues en milieu de journée pour répondre à l'appel des militants anti-régime, dont le slogan était: "révolutionnaires et commerçants, main dans la main jusqu'à la victoire", dans une apparente tentative de convaincre les hommes d'affaires et la bourgeoisie encore peu mobilisés à Damas et Alep (nord), de se joindre au mouvement de contestation.

A Kafar Zita, dans la province de Hama (centre), théâtre de violents combats ces derniers jours, des manifestants ont scandé "Nous ne voulons plus de (révolte) pacifique! Nous voulons des balles et des kalachnikovs!".

Face à l'impuissance de la communauté internationale à faire cesser les violences par la voie diplomatique, nombreux sont ceux qui réclament, au sein de l'opposition, que la rébellion soit armée par l'étranger.

"Réunions, décisions, initiatives, et le peuple syrien est encore massacré", lit-on sur une pancarte dans la même localité.

Dans le même temps, les violences ne connaissaient aucun répit, faisant 10 morts à travers le pays.

Sept personnes, dont quatre membres des forces gouvernementales, ont été tuées dans deux explosions à Idleb (nord-ouest) et près de la capitale Damas.

A Homs (centre), l'armée tentait de prendre d'assaut le quartier rebelle de Khaldiyé, après l'avoir violemment bombardé.

Au moins 58 personnes avaient été tuées jeudi dans les violences, selon l'OSDH.

Dans ce contexte, les observateurs de l'ONU, qui sont censés surveiller un cessez-le-feu instauré mi-avril mais violé quotidiennement, devaient se rendre à Al-Koubeir, selon l'ONU.

Jeudi, ils en avaient été empêchés notamment "par des barrages de l'armée", puis, alors qu'ils faisaient une nouvelle tentative, ils ont été la cible de "tirs à l'arme légère", selon l'ONU.

Le gouvernement a vivement démenti toute implication du régime dans le massacre et l'ambassadeur de Syrie à l'ONU, Bachar al-Jaafari, a affirmé que les photos diffusées par certaines chaînes satellitaires n'étaient pas celles du massacre d'Al-Koubeir, et dit que les victimes avaient été tuées cinq heures avant tout combat.

M. Ban a déploré jeudi devant le Conseil de sécurité que, depuis le début le de leur mission, des armes lourdes, des balles perforantes et des drones aient été utilisés contre les observateurs, selon des diplomates.

"Depuis des mois, il est évident que le président (syrien) Bachar al-Assad a perdu toute légitimité", a lancé jeudi devant l'Assemblée générale de l'ONU, M. Ban, qui a qualifié de "scandaleux et révoltant" la tuerie d'Al-Koubeir.

Le médiateur international Kofi Annan, qui a reconnu que l'application de son plan de sortie de crise faisait "défaut", a averti devant le Conseil de sécurité que la crise deviendrait "incontrôlable" si la pression internationale sur Damas ne produisait pas rapidement des résultats, selon des diplomates.

Il a confirmé que des discussions étaient en cours sur la possibilité d'établir un nouveau groupe de contact international sur la Syrie, qui devra "inclure des pays qui ont une influence sur (...) le gouvernement et l'opposition", sans en donner la liste.

Il a cependant déclaré espérer que Téhéran, proche allié de Damas, participerait à la résolution de la crise.

La France s'est dite favorable à l'initiative d'un groupe de contact, mais, selon des diplomates, Paris, comme Washington et Londres, se sont déclarés opposés à l'inclusion de l'Iran dans le futur groupe, un pays avec lequel ils ont un sérieux contentieux sur la question du nucléaire.

La Chine et la Russie, deux autres alliés du président Assad, qui bloquent toute résolution condamnant le régime pour sa répression de la révolte, répètent pour leur part être attachés à l'application du plan Annan et opposés à toute intervention militaire.

Face à la répression, la contestation s'est militarisée et les combats se sont intensifiés entre rebelles et soldats. Plus de 13.400 personnes, la plupart des civils tués par les forces régulières, ont péri en 15 mois, selon l'OSDH.

Sur le plan humanitaire, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a mis en garde sur la situation "extrêmement tendue" dans plusieurs régions de Syrie, qui provoque des déplacements parmi les civils.

Il a parlé d'"Idleb, la région rurale d'Idleb, la région rurale de Damas, qui n'est pas loin de la capitale, d'Hama, et dans une moindre mesure d'Alep, de Deraa au sud du pays, de Deir Ezzor au nord-est, de Lattaquié sur la côte", a-t-il dit.

Selon le CICR, quelque 1,5 million de personnes ont par ailleurs besoin d'une aide humanitaire.

bur/vl/sw

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